De la Bible au fusil" de Marouba Fall : Un Banjo-bill pour guide

Sénégal |THEATRE/"De la Bible au fusil" de Marouba Fall : Un Banjo-bill pour guide consciences
Publié le 8 août 2007 à 10h27

Une rentrée se prépare avant les vacances. Le théâtre Daniel Sorano, pour donner un aperçu de ce que sera sa prochaine saison (2007-2008) avait convié les journalistes, jeudi 26 juillet 07 à une générale presse. La pièce de Marouba Fall : « De la Bible au fusil » ouvrira la saison. La scène se déroule à Charleston, une ville de la Caroline du Sud aux Usa. Banjo Bill est le personnage témoin, un éveilleur de conscience. Il se veut apôtre. Il chante pour que l’homme noir jamais ne dégénère ni ne s’abaisse au niveau des bêtes viles et serviles. Suzy, elle n’a jamais connue l’Afrique. Elle est née en captivité. Arrachée à sa mère, elle trouve en Danmark, le prêtre, un père et en Killy, une mère. Une histoire de révolte avortée sert de trame.


La générale d’une pièce ne donne qu’un avant goût. Elle joue le rôle de pré-teste qui doit conduire à des réaménagements. Au nombre des réaménagements à apporter à la pièce, il y a les lumières de scènes qui offrent une tonalité, (couleurs gaies) en déphasage avec le drame qui entoure les personnages ; la guitare à la place du banjo crée une dissonance entre le personnage et l’instrument sensé le représenter. Coté comédiens, l’intervention des policiers donne plus à sourire qu’à pleurer ; Joséphine Zambo dans le rôle des Kitty est émouvante de vérité ; reste à raffermir le jeu des autres comédiens surtout celui de Banjo qui se révèle être le personnage central de la pièce.

Deux jours avant la générale presse, Samba Wane ( Banjo-Bill) et Yassine Diouf ( Suzy) sur les fauteuils de Sorano racontent leur personnage.

Samba Wane :

La sentinelle : Quel est l’intérêt de la pièce de Marouba Fall : « De la Bible au fusil » ?

Samba Wane : La pièce comporte sept personnages, des voix à l’Eglise, deux gendarmes et deux fantômes. C’est une pièce qui, si elle est réussie pourra voyager hors du Sénégal. C’est d’ailleurs l’ambition que nous avons ici à Sorano à chaque fois que nous montons une pièce. Le problème que nous traversons le plus souvent est que nous jouons des pièces qui demandent vingt cinq à trente personnages. Or il devient de plus en plus difficile de faire voyager une pièce avec autant de personnes en plus des décors. Cela coûte cher et même très cher. Ce qui attire de plus en plus les promoteurs de spectacles ce sont les pièces dites de performance avec trois à quatre comédiens. Avec donc cette pièce de Marouba Fall on espère trouver une ouverture dans les festivals et rencontres théâtrales. Le décor est dépouillé et les personnages ne sont pas nombreux.

La sentinelle : Samba Wane vous incarnez le personnage de Banjo-Bill, personnage en chair et en os et instrument de musique aussi ?

Samba Wane : Le banjo est un instrument d’Afrique si l’on se référe au Xalam, au Mbolo. L’instrument et le personnage se confondent. Si on l’appelle Banjo-Bill c’est parce que sa vie durant, il n a fait que chanter et danser en souvenir des veillées africaines. Il chantait pour exalter les vertus cardinales et les actes exemplaires de la communauté noire d’Afrique pour que les esclaves ne perdent jamais espoir.

La sentinelle : Qu’est ce qui le caractérise votre personnage qui ne veut pas jouer au bouffon ?

Samba Wane : Banjo Bill a certes une joie de vivre. Il a aussi la nostalgie de l’Afrique. C’est la mémoire de l’esclavage. Lui ne s’est jamais défait de son manteau africain. Il a toujours été lui-même. Il est resté Africain.

La Sentinelle : Comment avez-vous composé votre personnage ?

Samba Wane : Cela n’a pas été simple car bien qu’étant de nature gaie, il n’est pas un bouffon, un amuseur public. La difficulté vient aussi du fait que je ne suis pas musicien même si j’ai l’oreille musicale. Je suis sensé mimer sur une musique préenregistrée et parfois mes doigts ont du mal à suivre le tempo. Mais bon ça arrivera avec les répétitions et le nombre de représentation pour faire croire que ce sont mes doigts qui exécutent la musique.

Yassine Diouf incarne le personnage de SUZY , une esclave handicapée.

"Bien travailler le personnage pour lui donner une apparence vraie"

La Sentinelle : Suzy, votre personnage contrairement à Banjo Bill ne connaît pas l’Afrique ?

Yacine Diouf : Suzy est une handicapée qui a été séparée de sa maman esclave partie avec son maître. Suzy est restée seule et elle a eu la chance d’avoir été récupérée par Denmark Vesey prêtre de l’église africaine. Suzy se sentait bien dans la maison de Denmark qui la considérait comme sa propre fille. Suzy avait beaucoup d’affection pour Bano-Bill. Mon personnage est un personnage très intéressant qui demande beaucoup de travail dans la mesure où Suzy claudique donc cela demande un travail physique. J’aime bien le rôle, j’adore le personnage.

La Sentinelle : Quelle façon de boiter ou de boitiller vous avez choisi d’adopter pour garder le même rythme la pièce durant ?

Yacine Diouf : Vous savez au conservatoire, on nous conseillait d’observer les gens dans la rue. J’en ai tellement l’habitude que quand on m’a donné le rôle de Suzy, je me suis mise à la recherche de personnes à observer. Finalement, j’ai préféré choisir une manière de claudiquer en pliant mon pied. J’ai travaillé sur ce modèle. J’espère que les gens vont aimer ma manière de boiter et surtout croire que je suis réellement une handicapée. Il faut que le spectateur voie en Yacine une Suzy qui claudique et non pas une Yacine la comédienne qui fait semblant de boiter.

La Sentinelle : Le danger, c’est d’offrir au public la caricature d’une handicapée quant à sa manière de boiter ?

Yacine Diouf : Exacte. Mais, on va s’y atteler, réfléchir sur tout cela. Bien travailler le personnage pour lui donner une apparence vraie. Il faut miser sur la sensibilité, le physique du personnage , ne pas oublier que Suzy boite et travailler toujours avec le pied qui boite parce que si on l’oublie à un moment donné, on perd le personnage. Je dois garder le fait de boiter jusqu’à la fin de la pièce. C’est un défi à relever à chaque représentation.

La Sentinelle : Est-ce que dans la vie courante vous vous surprenez à boitiller ?

Yacine Diouf : Cela ne m’est pas encore arrivé. Mais qui sait ….

Propos recueillis par Baba DIOP

Photo : Marouba Fall lors de la générale presse

 
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