Réponses à quelques questions d'un doctorant en lettres moderne

REPONSES A QUELQUES QUESTIONS D’UN DOCTORANT EN LETTRES MODERNES. *

J’accepte volontiers de répondre à quelques- unes des 57 questions que vous m’envoyez.  Si vous voulez bien visiter mon site personnel, vous trouverez les réponses à celles qui touchent à ma bio- bibliographie. Il y a d’autres qui sont d’ordre général. Y répondre n’apporterait aucun éclairage  à mon œuvre.

4/-
Je ne me veux pas intellectuel. Je crois, à juste raison, être un intellectuel. Ce  n’est pas parce que j’ai un niveau d’études élevé et que j’écris des livres. C’est parce que je m’appuie sur une réflexion objective pour juger mon entourage, appréhender l’environnement socio- politico- économique de mon pays. Je crois que l’intellectuel est celui qui utilise son intelligence, son esprit critique pour regarder autour de lui et se situer dans le monde. Compris de cette manière, on trouve des intellectuels parmi toutes les couches de la société, quelle que soient les langues qui véhiculent les idées des personnes. On trouve des intellectuels parmi les lettrés comme parmi les analphabètes
 L’intellectuel a le devoir de s’impliquer dans les activités qui contribuent au  développement collectif. Peut- être pas forcément en « mettant les mains à la pâte », c'est-à-dire en s’engageant physiquement pour des actions directes mais en élevant la voix ou en écrivant, chaque fois que  cela est nécessaire. De plus en plus, je m’investis en politique, en militant activement et en produisant des articles dans le but de contribuer à l’avènement d’une politique moins politicienne, plus constructive et accordant de la place à une éthique sans laquelle il n’existera ni transparence dans la gestion des affaires publique ni bonne gouvernance encore moins un respect réel des dispositions de la Loi fondamentale qu’est la Constitution.
Il n’y a pas longtemps, je pensais que l’intellectuel devait être apolitique. J’ai changé d’avis aujourd’hui car j’estime qu’il est ridicule, en Afrique, de jouer le rôle de râleur public, de contestataire alors que ceux qui tiennent le pouvoir n’écoutent personne. Si nous ne voulons pas que les plus médiocres d’entre nous commandent nos destinées, il faut que ceux qui estiment qu’ils ont des idées positives et des mains propres, descendent dans la lice pour entamer un travail salutaire d’assainissement des mœurs politiques.

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Comme je l’ai écrit en substance dans L’AVERTISSEMENT qui précède le texte de mon premier recueil poétique, la poésie me semble le genre littéraire majeur par excellence. C’est par elle que je communique sincèrement avec mes lecteurs. Elle est présente dans mes romans comme dans mes pièces de théâtre. La poésie est un espace d’aveu pour ne pas dire de confidence,  pour moi.
Il n’est pas facile de définir la poésie qui varie d’un poète à un autre, d’un courant littéraire à un autre, encore que les courants ont vécu ; car elle est liée à la sensibilité et au subconscient. La poésie, pour moi, est le coin de mon écriture réservée à ceux qui cherchent l’homme et non pas une histoire distrayante. Le Poète, c’est le vrai maître d’écriture qui est logé au cœur et entre les vers ou versets, dans chaque mot de son poème. Sans la Bible ou le Coran, quelle image le croyant aurait- il de Dieu- le Créateur? Le Livre Saint est La Poésie Majeure qui nous enseigne Dieu. Tout poème enseigne son auteur à côté de qui le romancier et le dramaturge ne sont que des narrateurs d’anecdotes et des faiseurs d’histoires pour dormir les yeux ouverts.

10/
La poésie, en Afrique noire, se confond au chant. Vous avez sans doute remarqué que les poètes en langues nationales ne « disent » pas mais « psalmodient » leurs poèmes, de la même manière que les chanteurs religieux psalmodient les poèmes de Serigne Touba ou d’El Hadj Malick Sy.
La poésie ne se lit pas mais doit être proférée, accompagnée d’instruments de musique. Senghor a compris cela qui la définit comme un genre qui « s’exprime en images rythmées mieux chantées »
Parce qu’elle est liée à l’âme, à la sensibilité et au subconscient de l’individu, elle aurait plus de force si elle s’exprimait dans la langue de l’auteur. J’ai commencé à écrire des textes en wolof. Leur sincérité et leur impact sur ceux qui les écoutent dépassent largement la sincérité et l’impact de mes textes en français.

12/, 13, 14 et 15.
Il me faut avouer que je ne lis pas beaucoup de poètes africains,  en dehors des Sénégalais David Diop, Senghor, Amadou Lamine Sall, Ibrahima Sall, Babacar Sall et Hamidou Dia. Je connais beaucoup plus de poètes français des siècles précédents étudiés au lycée et à l’Université. Ceux qui ont le plus retenu mon attention et m’ont sans nul doute imprégné sont Baudelaire, Rimbaud qui me subjugue, Hugo dont j’aime le lyrisme, Senghor et  davantage Césaire.
 Ma poésie est un pont qui me relie aux autres. Surtout aux élèves et étudiants pour qui j’écris en partie.
J’ai prévu de n’écrire que quatre recueils poétiques liés aux quatre éléments : le feu, la terre, l’eau et l’air. Les deux sont réalisés et peuvent être complétés par de nouveaux textes : « Cri d’un Assoiffé de Soleil » (NEA, 1984) et « Pépites de terre » (feu de brousse, 2004). Suivront, si Dieu le veut : « Corps d’eau » et enfin « Chasseur d’éternité ».
 La poésie est l’expression de l’Essentiel. Le nombre 4 n’est pas gratuit : les quatre éléments, les quatre points cardinaux, les quatre saisons, les quatre compagnons du Prophète (PSL), les quatre membres du corps humain, les quatre piliers qui soutiennent tout édifice…
Comme vous pouvez le deviner, je puise mon inspiration de la vie familiale et sociale. Mais ma poésie s’élève vers un mysticisme ténu mais tenace qui devra s’affirmer avec CHASSEUR D’ETERNITE. Je crois, en effet, que la poésie doit rapprocher l’homme de Dieu car raconter la vie, c’est raconter le chemin. L’Essentiel, c’est où mène ce chemin. L’avenir de l’homme n’est pas ce que l’on croit, c’est à la fois ce qu’il devient au bout du long ou court chemin que sera sa vie et, paradoxalement la somme des actes accomplis semés comme des cailloux blancs le long du chemin de sa vie. La Vie dont nous rêvons commence quand finit celle que nous subissons sans l’avoir commandée.
Entre mon premier recueil et le deuxième, vingt ans se sont écoulés. Ce n’est pas parce que j’ai manqué de sujets. C’est l’inspiration qui tardait. L’inspiration poétique, pour moi, n’a rien à voir l’inspiration qui fait écrire le romancier ou le dramaturge. Elle ne vient pas d’en bas, des circonstances  vécues ou imaginées, des expériences entendues ou lues. Le romancier raconte des histoires. Le dramaturge met en situation des personnages. Le poète, lui, n’est pas le sujet mais l’instrument d’une force supérieure. Même s’il détient la matière première que sont les thèmes, le souffle créateur qui donne vie aux mots, rythme au vers et magie au Verbe vient de quelque part de mystérieux, du fond de lui- même ou d’en haut.

16/, 17 et 18.
Derrière votre question se profile une autre plus plausible et qui a déjà fait couler beaucoup d’encre. L’art pour l’art tient- il la route ? La rhétorique en poésie n’est pas simple fioriture. Chaque genre littéraire a son esthétique. La poésie est évocation et musique. Le poète doit choisir ses mots, des mots suffisamment vastes pour dépasser le cadre prosaïque de la nomination des êtres et des choses, trouver les images qui établissent les correspondances entre la surface et les profondeurs, les sons, les couleurs, les parfums et les paysages ; donner un rythme et une musique à ses vers ou versets.
En Afrique noire, l’art est fonctionnel. La littérature qui dit le passé, le présent et l’avenir d’un peuple contribue aussi, ici comme ailleurs, à conserver le bon usage mais aussi indique les voies royales d’enrichir et d’adapter la langue aux exigences d’un monde en perpétuelle mutation.
La poésie ne va pas sans les écarts qui permettent de sortir des sentiers battus pour explorer les coins cachés d’une langue où fleurissent, en véritables pépinières, des langages inattendus et non encore entendus.  La science et ses découvertes prouvent qu’il reste encore  des mots et des formules à créer pour baptiser tout ce que le savoir- faire et le génie inventif des hommes mettront au monde. Mozart et Einstein, Rimbaud et Marx se complètent bien. L’Art change la vie, la Science le monde. Il y a les techniciens de surface et ceux des profondeurs. A chaque domaine de la production intellectuelle et artistique, il y a une nomenclature appropriée.

19/
Ma poésie ayant l’ambition de n’aborder que l’Essentiel qui touche l’Homme dans sa globalité, l’Afrique n’est pas un sujet de préoccupation mais seulement un cadre, un espace à partir duquel je parle au monde. Le temps de la défense et de l’illustration des valeurs de civilisation du monde noir est vraiment révolu. Je me considère citoyen du monde et les valeurs que j’exalte n’ont rien à voir avec la race, une culture spécifique ou une humanité différente. Quand j’écris aujourd’hui, je pense au monde entier et à tous les hommes.

20/
Ecrire en français constitue, pour moi, un avantage et un handicap, à la fois. C’est un avantage du fait que la langue de Hugo me permet de communiquer avec d’autres Africains et avec tous les francophones du monde dont le nombre est considérable. Le handicap vient du fait que mes concitoyens non formés à l’école française sont exclus de mon champ d’expression littéraire. Ma plus grande tristesse est de constater que mes parents, analphabètes en français, ne savent pas l’importance de ce que j’écris. Je suis en train de me racheter en écrivant dans ma langue maternelle. Mon premier recueil de textes en wolof est prêt et attend la publication.

21/
Les images que vous répertoriez : prophète, messie, visionnaire ou voyant sont liées au contexte de la création poétique, en France, à une certaine époque, singulièrement pendant les beaux jours du romantisme. En Afrique, l’écrivain qui prolonge d’une autre manière et surtout par l’écrit la mission du conteur ou du griot, maître de la parole, n’a pas la prétention d’être un Prophète ou un Messie.
Malgré les objectifs que je me fixe en tant que poète refusant de m’arrêter à la surface des choses pour m’élever vers l’Essentiel, je garde encore les pieds sur terre. Prométhée, peut- être ! Les hommes ont toujours besoin d’un feu qui ne brûle ni leurs demeures ni l’espoir. Je veux être de ceux qui montent en haut de l’Arbre pour faire tomber les fruits. Tant pis si le Poète joue le rôle du Corbeau dans une société de Renards.

22/
Quelle que soit la langue d’expression, sa connaissance parfaite et sa maîtrise sont indispensables par celui qui se prétend écrivain, de surcroît Poète. Vous le savez déjà, la littérature n’est pas un moyen de communication objectif comme le journalisme ou le reportage historique. Au- delà des faits à relater, l’écrivain cherche à susciter des émotions. Il doit donc avoir une parfaite connaissance des ressources de la langue pour trouver le style qui sied au type d’émotion qu’il souhaite susciter.
L’écrivain africain qui utilise la langue française a plus d’efforts à faire qu’un écrivain français. Si les œuvres de la littérature négro- africaine d’expression française ne figurent pas en grand nombre au programme des enseignements des collèges, lycées et Universités, c’est en partie parce que beaucoup d’entre elles n’ont ni la forme ni la correction de la langue requises.

23/
Je vous renvoie aux vers en exergue à mon premier recueil de poésie : CRI D’UN ASSOIFFE DE SOLEIL, à la page 16.
«  Les temps sont venus
Où le poète ne doit plus se contenter d’écrire
Des vers savants et sonores
Il doit
Prédire
Les maux
Avec des mots de tous les jours. »

Réalisme dans les thèmes et simplicité dans le langage, voilà donc ce que je prône pour une poésie africaine de langue française.
Une langue d’emprunt ou seconde est déjà un obstacle à l’accès du plus grand nombre au message des grands poètes. Si celui- ci y ajoute un lexique à aller dénicher dans les langues mortes et des images surréalistes à outrance, quel gâchis ! Pourquoi Césaire a t- il eu besoin de recourir au théâtre ? Son œuvre poétique est vaste mais son œuvre la plus connue reste « Le cahier d’un retour au pays natal » qui n’est d’ailleurs compris que partiellement par bon nombre de lecteurs.

24/, 25 et 26.
     Je partage beaucoup d’idées de Sartre. Mon œuvre littéraire trouve d’ailleurs sa raison d’être dans mon engagement à témoigner pour mon peuple et pour les hommes, pour la société sénégalaise, l’Afrique et le monde. Ecrire, c’est agir sur les choses et les êtres, contrairement à ce que d’aucuns pensent. Le wolof qui accorde une place primordiale à la parole dit bien : nañ léen ko def joo gis, nañ léen ko waxtaanee ko jiitu » (Avant d’agir, les gens se concertent toujours).
Ecrire est un acte d’amour au sens large car c’est se donner à ses semblables et au monde, c’est marquer sa volonté de partager le meilleur et le pire, le désir de faire ensemble la longue traversée de la vie. L’amour des individus pris isolément, impliquant les sens ou la chair, n’est qu’un aspect de l’Amour qui est manifestation de notre humanisme naturel.
L’engagement dont je parle plus haut n’a rien à voir avec l’attitude  de ceux qui choisissent de dénoncer seulement et ont déjà des cibles toutes désignées. L’engagement, pour moi, c’est dire le présent sans parti- pris, prédire les maux de la communauté universelle et contribuer au progrès humain pour que le « supplément d’âme » dont parlait Bergson continue d’être entretenu.

27/et 28.
 C’est la mode de manger la ponctuation pour laisser plus de liberté au diseur qui imposera son souffle au moment de lire ou d’interpréter le texte poétique.

30/,31
Comme beaucoup d’écrivains qui ont voulu s’illustrer en poésie, j’ai lu les poètes d’ici et d’ailleurs, surtout ceux que j’ai cités plus haut. J’ai commencé par des poèmes à formes fixes, avec les rimes, sans toujours respecter le compte syllabique même si j’ai beaucoup pratiqué l’alexandrin.  Mes premiers poèmes, je les ai tous brûlés mais leur écriture m’a laissé un savoir- faire qui m’aide considérablement. Mon deuxième recueil qui n’est pas un cri qui s’élève de mes tripes, jeté avec force comme un gros caillou  contre des maux à lapider, donne bien une idée du style poétique que je cultive.
J’ai adopté le vers libre qui, par endroits,  tire vers le verset. J’aime les images, périphrases et comparaisons qui établissent des correspondances mettant en exergue l’unité de la Création. Pour illustrer ma conviction que la poésie est chanson,  j’utilise beaucoup de sonorités : rimes, anaphores, allitérations non gratuites, assonances et homéotéleutes.
J’aime les longs poèmes qui développent un centre d’intérêt dans le but de capter l’attention du lecteur. Mon poème est un long fleuve qui suit son cours.        

38/
La notion de Renaissance africaine n’est pas seulement chère aux hommes de Lettres du continent mais aussi aux intellectuels et aux hommes politiques. Que dire du Président Abdoulaye WADE qui décide d’ériger un Monument de la Renaissance Africaine ?
 Parler de renaissance implique une certaine nostalgie. De quoi devons- nous avoir la nostalgie ? Relisez ma pièce de théâtre LE MIROIR. Sans être afro- pessimiste et sans remettre en cause les thèses de nos historiens sur l’hypothétique grandeur de L’Afrique pré- coloniale, je pense qu’il faut constater le retard présent du continent, sans chercher des justificatifs dans les longues et douloureuses parenthèses de l’esclavage et de la colonisation. L’Afrique a piétiné ou s’est figée pendant longtemps. Ses bras valides ont été transplantés, ses richesses pillées et sa civilisation torpillée. D’accord. Mais depuis les indépendances, qu’avons- nous  fait ?
J’aime rappeler les phrases de deux éminents Africains à l’humour désarçonnant. Le premier, c’est Sony Labou Tansi qui écrit : « Le monde sera fini que l’Afrique n’aura pas commencé ». Le second est Ki Zerbo qui s’interroge : « A quand l’Afrique ? ».
Je comprends parfaitement que les Africains s’offusquent de thèses qui situent l’Afrique hors de l’histoire. L’Afrique qui est le berceau de l’humanité ne doit pas non plus continuer à se bercer d’illusions. Elle ne fait pas l’histoire, elle ne s’impose dans aucun domaine au monde même si elle recèle des ressources humaines et naturelles qui auraient dû lui permettre d’occuper une place au cœur du monde.
Le devoir des écrivains et des intellectuels d’aujourd’hui est de faire comprendre que l’Afrique nouvelle a un devoir de réveil à la réalité, un devoir de s’atteler à la construction d’une mentalité nouvelle. Admettre que chaque peuple est responsable de son sort, que pour sortir du trou où l’histoire nous oublie, c’est à nous et à nous seuls qu’il appartient de faire le bond salutaire pour rejoindre le rang des peuples qui cheminent lentement mais sûrement sur la voie du développement Admettre cela et cesser de jouer le rôle de la victime inconsolable serait déjà un grand pas. Le reste suivra forcément. Renaissance ? Non. Je dis Construction. Cela doit commencer par la création des Etats-Unis d’Afrique qui n’est pas pour demain. Axelle KABOU aurait raison sur toute la ligne si elle avait formulé sa question de la façon suivante : Et si les dirigeants africains refusaient le développement ?

40/
Le titre est capital pour moi. Tant que je n’ai pas trouvé un titre provisoire ou définitif qui me donne satisfaction, je ne commence jamais la rédaction d’une œuvre, quel que soit son genre. C’est que le titre, me semble t- il, est un point de repère à partir duquel j’organise la création.  Je pourrai dire aussi que le titre est une fondation sur laquelle repose toute l’architecture de mon œuvre ou encore un fil conducteur qui m’empêche de me perdre dans un champ d’investigation où je m’engage, ayant l’intuition de faire une découverte intéressante pour moi et mes lecteurs.
CRI D’UN ASSOIFFE DE SOLEIL est le titre de mon premier recueil de poésie. Dans ce titre le mot- phare est « cri » qui se justifie à la fois dans le fond et la forme du texte. J’en ai déjà parlé. Quant à PEPITES DE TERRE, il est bâti sur une alliance de mots. En remplaçant « or » par « terre », je suggère une équivalence entre les pierres précieuses et la terre natale. Cette dernière  ne vaut- elle pas autant sinon plus que les pépites que nos entreprenants ou jeunes compatriotes vont chercher en Afrique du Sud ou au Congo, que la fortune que les Africains vont glaner en Europe ou en Amérique. ? Ce deuxième recueil est un plaidoyer pour la prise de conscience afin que cessent le brain- drain, la fuite des cerveaux et l’émigration sous toutes ses formes car l’Afrique s’affaiblit davantage du départ de ses intellectuels et de sa jeunesse valide.

41/
L’image de la mère, dans mon œuvre poétique, renvoie à une personne physique réelle, qui existe et occupe une place importante dans ma vie. Souvent, elle incarne L’Afrique- mère, souvent la terre natale ou tout simplement la terre nourricière. C’est en partie pour veiller sur ma mère que je n’ai pas suivi la caravane des nuages qui émigrent vers le Nord, le Nord symbolisant les pays occidentaux.

45/
En effet, Mana (c’est moi) et Yowa (c’est toi) sont des termes empruntés à ma langue maternelle  Ils renvoient aux Ancêtres primordiaux Adama et Awa. Leur union terrestre est une réplique à la hiérogamie, l’union sacrée du Ciel et de la Terre. Ce texte est une version personnelle de la genèse et une apologie de l’Amour qui préserve et prolonge la vie.

46/
 Dior qui se faisait appeler Katy est ma sœur cadette, décédée en 1992, laissant un fils unique devenu grand, aujourd’hui J’évoque aussi Coumba, une fille que j’ai perdue, un mois à peine après sa naissance. Mes morts constituent une autre raison de mon refus de quitter la terre natale. J’insiste sur un détail important : en poésie, je n’invente que la forme, le fond est toujours vrai car , pour moi, la poésie est un espace où je pénètre, le masque baissé et où je parle à cœur ouvert.

49/
La fille de Californie est une Américaine blanche rencontrée à Marrakech, au Maroc, en 1984, à l’occasion d’un Congrès Mondial de la Poésie présidé par le Président Léopold Sédar Senghor. C’était mon premier voyage hors du Sénégal et ma première connexion avec une femme de race blanche. Cette rencontre m’a véritablement marqué si bien que la fille de Californie m’a inspiré le personnage de Betty Allen dans mon troisième roman : « Betty Allen ou la liberté en question ».

50/
Dans CRI D’UN ASSOIFFE DE SOLEIL écrit sous le signe du feu, il est normal que le Soleil soit omniprésent avec tout ce qu’il symbolise : la lumière qui attire et oriente, la vérité et le bonheur.

51/
Les figures historiques telles que Chaka, Lat Dior, Samori, Lumumba ou Nkrumah participent à notre tâche d’exaltation des jeunes générations qui ont là des modèles exemplaires pour relever les défis face auxquels l’Afrique doit faire face. J’évoque aussi Cheikh Anta DIOP dans mes deux recueils de poésie.

52/
Je suis Sénégalais par la naissance, Africain par la race et citoyen du monde parce que je suis un homme ayant eu la chance de recevoir une éducation et une formation qui me donnent une large ouverture sur le monde. Quand j’écris, les trois dimensions de ma personnalité interagissent.

53/
Je suis wolof et je meurs d’envie d’écrire dans ma langue maternelle. J’anticipe, en utilisant, par moments, des termes ou des dictons qui renvoient à ma langue maternelle, chaque fois que cela me semble utile.

55/
 « CRI » est ma première œuvre en poésie. Elle indique mes croyances et mon projet poétiques. AWWA, titre de la première période ou partie indique ma définition de la poésie ainsi que la fonction que j’assigne au poète que je veux être. LA MORT DE DIEU, deuxième période, indique dans quel contexte le poète africain d’aujourd’hui écrit : un contexte de chaos moral et matériel. Cette partie, contrairement à ce que certains pensent, ne comporte aucune velléité d’athéisme. Je suis un croyant et pratiquant musulman. La mort de Dieu, ici, est une formule provocatrice qui suggère la perte des valeurs morales et spirituelles dans un monde qui « a grandi matériellement » mais auquel il manque « un supplément d’âme » suivant les termes de Bergson.

Fait à Dakar, le 7 Février 2009.
Marouba FALL
E- mail : fallafall50@yahoo.fr
Site web : www.e-monsite.com/maroubafall











* Les questions que je n’ai pas mentionnées et auxquelles j’ai répondu par écrit sont de Moussa COULIBALY, étudiant doctorant en Lettres Modernes. J’ai complété ces réponses par un texte manuscrit suivant sa demande.                                      
LETTRE A MONSIEUR MOUSSA COULIBALY

Jeune ami,
J’ai reçu votre note ainsi que les cinquante sept questions qui l’accompagnent. Avec beaucoup de plaisir et un grand intérêt. Vous préparez une thèse de doctorat. C’est très bien. Je voudrais, à ce propos, vous communiquer des considérations tout à fait personnelles. Une thèse suppose un apport personnel à l’appréhension d’une question de sorte à permettre qu’on la cerne mieux dans sa forme, son contenu et son interaction avec d’autres questions    Or bon nombre de travaux soutenus à l’Université de Dakar se réduisent à de somptueuses compilations et traitent souvent de sujets tellement éloignés des préoccupations de nos populations et de notre jeunesse. Si bien qu’on se demande, à juste raison, si l’enseignement, au Sénégal, ne contribue pas à creuser davantage le fossé entre les intellectuels et les masses, entre l’Ecole et la Cité.
Une thèse, personne n’en doute, c’est l’aboutissement de recherches plus ou moins exhaustives sur ce qui a été dit et écrit sur un domaine précis de la connaissance. N’est- ce pas aussi ce qu’on apporte soi- même pour élargir et approfondir la question étudiée ? Cette dernière ne gagnerait- elle pas à avoir des rapports avec les préoccupations pressantes du moment ? Tout comme l’art pour l’art est un luxe, apprendre pour apprendre ressemble à de la masturbation intellectuelle. L’art et le savoir doivent être au service de la société.
Revenant sur le sujet de votre thèse qui aborde la poésie sénégalaise contemporaine, je vous félicite de votre choix. Chaque fois que l’occasion m’en est donnée, je demande aux enseignants du Secondaire et du Supérieur de publier des œuvres critiques sur la littérature nationale d’expression française. Celle- ci se corrigera, s’améliorera et évoluera grâce à une analyse courageuse et désintéressée qui lui permettra de se situer et de s’orienter par rapport aux autres littératures du monde. La critique est un facteur de promotion. Elle facilitera l’introduction progressive des meilleures productions littéraires nationales dans les programmes d’enseignement du français dans les collèges, lycées et universités du Sénégal.
On m’oppose souvent que les écrivains sénégalais n’aiment pas la critique et que la meilleure attitude consiste à parler des œuvres plus ou moins intéressantes et à garder le silence sur le reste. Mon avis est que les enseignants et les chercheurs à qui incombe la mission manquent d’assurance et abandonnent la tâche à une critique subjective et alimentaire qui rend mauvais service aux lettres sénégalaises.
Un collègue et confrère m’a raconté, un jour, que, pour se faire une opinion de la sincérité des observations que lui opposait un professeur de la Faculté des Lettres, chaque fois qu’il lui présentait un manuscrit, il lui avait soumis un poème peu connu d’Aimé Césaire en le signant de son nom à lui. Le professeur lui démontra, avec force détails, que le texte devait être revu et corrigé. Un mois après, le confrère revint avec le même texte signé de l’auteur martiniquais. Devant l’éblouissement de l’enseignant, le confrère exposa sa réserve en empruntant les arguments que son interlocuteur avait utilisés. Celui- ci soutint que le texte de Césaire était irréprochable.
La question, en Afrique, est de savoir quel est l’objet de la critique : l’homme ou l’œuvre ? D’ailleurs les écrivains africains sont la plupart du temps découverts et révélés hors du continent et de leur pays. Rien d’étonnant si les auteurs cherchent à publier leurs œuvres chez des éditeurs installés en Europe, même s’il faut payer très cher.
Cela dit, parlons franchement poésie. Je vous préviens, je ne ferai que me répéter Mais puisque vous tenez à avoir un texte manuscrit, je joue le jeu.    

Je pense que la poésie est le genre par lequel un écrivain entre le plus sûrement en littérature. Lilyan KESTELOOT me dit, quand je lui soumis mon premier recueil de poèmes publié, en substance ceci : « Voilà que tu te soumets à un exercice périlleux ». J’ai bien retenu  exercice périlleux  La poésie n’est pas un genre facile. Une maîtrise parfaite de la langue, une vaste culture et une bonne documentation, de la bonne volonté et un travail consciencieux permettent d’écrire un bon roman ou une pièce de théâtre vivante. Cela suffit- il pour écrire un poème ? Je ne le pense pas. L’écrivain, romancier ou dramaturge, délivre un message. Le Poète, lui, se livre. En littérature, de façon générale,  tout est dans le rapport que celui qui écrit a avec l’écriture. L’écrivain est hors de ce qu’il écrit, sujet différent de l’objet de l’écrit. Le Poète est au cœur de ce qu’il écrit, sujet et objet à la fois. L’écrivain parle de quelqu’un d’autre ou d’autre chose. Le Poète parle de lui, du « moi » invisible qui  lui dicte  les mots et respire par le rythme des vers ou des versets. Le péril réside là : on aime ou on n’aime pas un Poète. On n’a même pas besoin de donner des explications tant la question est subjective malgré un arsenal de données plus ou moins fiables que l’esthétique des genres met à la disposition du critique pour apprécier une œuvre littéraire.
J’aime SENGHOR mais je préfère CESAIRE. C’est une question de tempérament. Je sens BAUDELAIRE mais c’est RIMBAUD qui m’emballe. La raison a moins de place dans la poésie que le subconscient. L’écrivain est un bon artisan, le Poète, c’est l’Artiste. Le premier nourrit son œuvre de la réalité, le second pèche en marge du réel tangible et plus en profondeur, en lui- même. Il faut,  tout de même, admettre que la réalité est un support incontournable pour toute œuvre littéraire car la fiction pure née de l’imagination n’est qu’une vue de l’esprit.
Si, dans le roman, je cherche le vraisemblable ; dans le théâtre, le naturel ; en poésie, j’attache une grande importance à la sincérité, à la fidélité à moi- même. Je l’ai dit, je l’ai écrit : la poésie est une aire d’aveu, de vérité, de confidence où j’entre, le masque baissé. Réaliste ? Je le suis, sans nul doute. Mais pas au sens où l’entendent ceux qui croient encore  ceux courants littéraires. La réalité, du reste, d’une civilisation à l’autre, ne couvre pas les mêmes étendues. Chez les peuples où il n’existe pas de frontière entre la vie et la mort, entre le monde de la Surface et celui des Profondeurs, le réel s’élargit au- delà du sensible. Le réel, pour moi, Africain et musulman, s’étend de la Genèse au Jugement Dernier ; il englobe mes souvenirs, mes rêves, mon vécu quotidien, le passé et l’avenir de mon peuple et  ceux du monde devenu un village planétaire.
L’autre problème sur lequel il me plaît d’insister est celui de la langue.
Le français, langue officielle et langue d’apprentissage, au Sénégal, est aussi celle utilisée par les écrivains nationaux de renommée internationale
 Le paradoxe est que ces derniers sont presque inconnus de leurs concitoyens analphabètes en français ou alphabétisés en d’autres langues comme l’arabe.
Une poésie authentiquement sénégalaise doit s’écrire dans les langues nationales. Il n’est pas question de renier le français qui m’installe au cœur de l’espace francophone qui est un espace d’ouverture, de partage et de solidarité qu’il faut élargir et enrichir des différences des communautés qui le peuplent. Il s’agit de sauvegarder, de développer et de promouvoir des langues locales qui participent à la défense et à l’illustration de la diversité culturelle et linguistique.
J’ai commencé à écrire en wolof, ma langue maternelle  Ma conviction reste, cependant, que l’avenir est au bilinguisme : écrire toujours en français mais écrire aussi en wolof parallèlement ou en traduction simultanée.
Je voudrais achever cette correspondance en précisant que la poésie, c’est vraiment ma profession de foi, c’est l’oxygène de la littérature. Toute œuvre qui en manque, qu’elle soit roman, théâtre, nouvelle ou conte, est destinée à la consommation immédiate sans aucune part réservée à la postérité.

Fait à Guédiawaye, le 3 Mars 2009.

Commentaires (44)

1. ndèye fatou manga (site web) 21/02/2010

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ns faisons un exposé sur les personnages de la collégienne et je voudrais que vous nous aidez svp

2. full lace wigs (site web) 21/07/2010

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3. Khassim Mht (site web) 25/01/2011

Salut, svp j'ai besoin de quelques réponses.

4. gora (site web) 02/03/2012

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