Message délivré le 23 Mars 2003 à Joal Fadiouth

La peur et la honte

Message délivré le 23 Mars 2003, à l’occasion de la visite des Poètes du monde à Joal Fadiouth, dans le cadre des 3èmes Rencontres Poétiques Internationales de Dakar organisées par la MAPI dont Amadou Lamine SALL est le Président- fondateur.

A cette période, accusé de cacher des armes de destruction massive, l’Irak subissait les frappes des Etats Unis et de ses Alliés.

       C’est une joie pour moi d’accueillir à nouveau des poètes venus d’horizons divers à Joal Fadiouth que hante l’ombre de Sédar, le fils de Djilor qui dort à Bel Air.

     Ma joie est cependant mêlée de tristesse. Non que cette visite prend l’allure d’un pèlerinage- recueillement mais parce qu’elle s’effectue à un moment où la situation du monde est plus que préoccupante.

       Dans mon cœur, comme sans nul doute dans celui de tous mes confrères ici présents, retentissent les échos des évènements inquiétants qui bouleversent un équilibre qui semblait acquis après la chute du mur de Berlin et l’émiettement de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques qui a frappé au cœur le Communisme.

       Voici dix jours que sur Bagdad tombent bombes et missiles. Avec les mosquées, les églises, les musées, les écoles, les marchés et les hôpitaux, ce sont aussi nos convictions, nos illusions et notre foi en l’homme qui volent en éclats.

       Alors que nous le croyions banni à jamais, voici que le spectre de la guerre renaît de ses cendres et fait planer sa vaste et lugubre ombre sur la paix que les nations, depuis plus d’un demi-siècle, s’attachent à sauvegarder.

       Au delà de la confusion installée dans la conscience internationale par la bataille médiatique à coups de mots et d’images, persistent en moi deux sentiments tenaces et oppressants : la peur et la honte.       

          Peur d’imaginer le monde quand la démocratie, la liberté et le droit n’auront plus le même sens et ne pèseront plus le même poids pour tous les peuples ; quand le fait accompli du plus fort s’érigera en loi et que l’humanité, résignée, en arrivera à regretter les temps incertains où sa sécurité était seulement garantie par l’équilibre de la terreur.

        Honte, j’ai honte aussi devant l’horrible spectacle de la petitesse de notre espèce que le conflit sans nom inflige à ceux qui croient encore à la grandeur du « roseau pensant » de Blaise Pascal.

     Pourtant Bergson nous avait prévenus : « l’humanité a grandi matériellement mais il lui manque un supplément d’âme. »

          L’homme, hélas, restera petit, de la petitesse de ses égoïsmes. S’il était propriétaire de la lumière, il en priverait une bonne partie de ses semblables, écrit en substance Jean François Brierre ; préfaçant mon recueil de poèmes Cri d’Un Assoiffé de Soleil.

        L’homme restera petit, de la petitesse de ses appétits et de celle de son instinct de conservation.

     Comment comprendre autrement qu’une nation puissante veuille préserver ses réserves d’énergie et, sous n’importe quel prétexte, cherche à contrôler celle d’une autre plis faible ?

      Que dire de notre silence complice quand, d’une seule voix, nous devons dire : «  Arrêtez le massacre », de notre surdité étrange aux cris des civils sur qui le feu est déversé nuit et jour, de notre cécité obstinée car nous voyons bien que ce n’est pas un homme qu’on veut anéantir mais un peuple qu’on met à genoux, mais un pays moderne qu’on transforme en ruines ?

  L’homme restera petit, de la petitesse de toutes ses lâchetés inavouables.

      A cause de ces petitesses est certainement né le Poète qui sent l’avenir et ne peut se taire devant l’iniquité.

     Pour cela, Monsieur le Président- Fondateur de la Maison Africaine de la Poésie Internationale, je vous remercie et vous rends hommage pour l’action inlassable que vous menez, assisté de  vos collaborateurs, pour que vive la Poésie.

        Déjà les 7 et 8 Octobre 2002, vous convoquiez, à Dakar, le Premier Congrès Mondial des Poètes et Ecrivains de la Paix.

      Aviez vous pressenti la catastrophe que nous subissons à présent et qui nous déchire au plus profond de nous mêmes ?

         Les 3èmes Rencontres Poétiques Internationales de Dakar se tiennent assurément sous le signe de la paix menacée.   
 
 

 

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