Bilan de voyage - Arras, du 13 Avril au 03 Mai 2006

BILAN DE VOYAGE

Arras : du 13 Avril  au  03 Mai 2006

 1er Mai 2006

     Voilà trois semaines que je me réveille sous le ciel d’Arras où se promène rarement le soleil.
  
     Il pleut ce matin. Sous le parapluie rouge que le Directeur de la Librairie Privat Brunet m’a offert, deux jours après mon arrivée, je me dirige vers l’endroit qui accueille le 5ème Salon du Livre d’expression populaire et de critique sociale. Un écrivain venu de Corse chemine à côté de moi tandis que le romancier burkinabé Sayouba TRAORE², défavorisé par sa haute taille, semble porter sur sa grosse tête toute la tristesse et les fines larmes qui descendent sur la ville.

     Je viens d’un beau pays d’Afrique noire, le Sénégal, berceau du  poète -président Léopold Sédar SENGHOR dont la communauté internationale célèbre le centenaire de la naissance. Là-bas, le Ministère de la Culture a institué une Foire Internationale du Livre et du Matériel didactique qui se tient tous les deux ans. C’est à cette occasion que j’ai rencontré l’opérateur culturel Didier ANDREAU de l’Association Colères du présent      

     Le temps passé à Arras m’a bien rempli.     

     A l’occasion de mes voyages antérieurs en Europe et en Amérique du Nord, j’ai toujours logé à l ‘hôtel. Les seules personnes que je côtoyais étaient des confrères poètes, romanciers et dramaturges. Des villes qui abritaient les Congrès, Festivals ou Rencontres auxquels j’étais invité, je ne garde que la vision que j’en ai eue quand l’avion allait se poser sur le tarmac et aussi le souvenir de l’architecture des immeubles et du tracé impeccable des rues et routes que je traversais en autobus ou en taxi.     

     A Arras, j’ai rencontré des hommes, des femmes et des enfants du monde ordinaire .Au Gîte Bleu où j’ai passé quinze jours, j’ai regardé vivre une petite famille sympathique et cela m’a guéri de certains préjugés. Mes va et vient entre l’Office Culturel et le quartier des Nouvelles Résidences  de Saint Nicolas Lez Arras et de Saint Laurent Blangy m’ont rapproché des adhérents de la Confédération Syndicale des Familles.

     Je ne voyage pas pour découvrir des paysages mais pour me bercer de nouvelles voix, lire des visages plus riches que les livres, me baigner dans des océans d’émotions et de sensations inédites et  visiter des continents de pensées .Il faut vouloir s’élargir aux dimensions du monde lorsqu’on a la prétention de témoigner même pour une frange de son peuple. La terre appartient à tous les hommes et je veux être un pèlerin de la diversité culturelle et linguistique. Ce qui m’entraîne vers les autres habitants de la planète, ce sont leurs différences.   

     Deux motifs justifient ma présence à Arras : honorer une résidence d ‘écriture réduite à deux semaines à cause de mes charges de Proviseur et participer au Salon du Livre.

     L’objectif de la résidence était d’observer la banlieue, précisément le quartier des Nouvelles Résidences.

     Si je me réfère à la réalité sénégalaise, la banlieue arrageoise, telle que perçue à travers les cités de Saint Nicolas et Saint Laurent Blangy, ne me donne point le spectacle d’une misère sordide doublée d’une occupation anarchique de l’espace. Ces cités dites «  pourries » ou comparées à des «  cages à poules » ressemblent,  de l’extérieur, avec leurs parkings de voitures, aux immeubles de la Société Immobilière du Cap Vert (SICAP) convoités par les fonctionnaires dakarois .Comparaison n’est pas raison. Le seuil de pauvreté varie d’un pays à un autre et l’individu pauvre, en France, est  riche aux yeux d’un individu de même condition, en Afrique.    

     Quelques familles m’ont fait l’honneur de me recevoir dans leurs appartements et m’ont accordé des entretiens que j’ai trouvé utile d’enregistrer.     

     Les difficultés déplorées en banlieue  proviennent de la concentration humaine, de l’habitat exigu, insalubre en ce qui concerne les espaces partagés comme le palier, l’escalier et la cage de l’ascenseur, du manque d’espoir d’un avenir meilleur à cause du chômage, de l’emploi précaire, de la peine des jeunes à poursuivre de longues études, de l’échec du couple, de l’éclatement de la famille et surtout de la solitude dont les conséquences sont souvent tragiques.

     Les personnes rencontrées, dans leur majorité, se lamentent sur leur situation financière et matérielle. La pauvreté qui m’a choqué est essentiellement humaine. Elle est la conséquence d’une vie en société où chaque famille, de méfiance, se replie sur elle-même ; d’une vie en famille où chacun rumine ses problèmes avec lesquels il craint de polluer l’existence des autres ; d’une vie de couple inexistante ou bien quand elle existe du fait  que deux êtres acceptent de vivre « maritalement », chacun est jaloux de sa liberté et s’agrippe à ses droits comme à une bouée de sauvetage.

     Le livre que je compte écrire sur mon expérience de la banlieue mettra l’accent sur la solitude qui est le mal profond dont il faut sortir les individus et les familles.

     Quant au Salon du Livre, il m’a livré des charmes inattendus et délivré d’un pessimisme que la FI.L.D.A.K  avait logé en moi.

     Arras fait du 1er Mai, fête du travail, la fête du livre. Aujourd’hui, le livre est vraiment à l’honneur avec l’odeur et le froufrou de ses pages. Il passe de main en main. Les doigts et les regards se croisent sur lui. Sujet ou prétexte d’échanges, il fait couler, roucouler, glousser, sourire et rire la foule de visiteurs actifs Car ici, le visiteur lit un peu du livre qu’il a déniché et délie la bourse.   

     Le chapiteau sous lequel s’anime le Salon, à un moment donné,  m’a paru comme un lieu insolite  de culte où se déroule un rituel pour raccommoder l’humanité déchirée par les déséquilibres sociaux et une mondialisation appauvrissante.

      Le livre que nous lisons nous lie les uns aux autres. C’est un lien entre les lecteurs qui tiennent sous leurs yeux un miroir. C’est un pont entre l’auteur et le lecteur qui se découvrent au-delà des frontières terrestres et des cultures.     

     Le livre fait des miracles. C’est pour lui que je vis, ce jour. J’ai la stupide impression que la jeune fille qui vient d’acheter mon recueil de poèmes me fait une déclaration d’amour et que l’homme qui  choisit une de mes pièces de théâtre m’offre le serment de son amitié, que ceux qui reçoivent les sachets rouges contenant leurs provisions de livres, s’en vont, heureux comme des enfants tenant leurs cadeaux de Noël.     

     Arras, un 1er Mai. Harassante journée où les visiteurs,  jusqu’au soir, arrachent des livres aux libraires et laissent mille rêves aux écrivains qui ne se lassent jamais des rencontres avec le public.

     En attendant d’écrire CASSEUSE DE SOLITUDE, nouvelle ou récit romancé, voici deux poèmes que m’a inspiré mon séjour. 

Marouba FALL

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