Extrait du roman LA COLLEGIENNE, pp 9-10, Dakar, NEA, 1990

ENTRE JEU ET AVERU
 


Extrait du roman LA COLLEGIENNE, pp 9-10, Dakar, NEA, 1990
 

Ouly.*


     Penda marche à mes côtés. Elle s’est accrochée à mon bras droit dont les doigts sont enfoncés dans la poche latérale du pantalon de lagos que j’arbore en cette nuit chaude du mois d’août. Elle semble fatiguée et transpire à grosses gouttes. Elle halète comme une bête de proie traquée. Nous marchons à pas comptés. Il m’arrive d’oublier sa présence tant mon cœur, à la remorque de mon esprit qui glane dans les champs du passé, est loin d’elle…


     Il était une fois dans ma vie une fille. Elle s’appelait Oulimata. Ses Camarades la  surnommaient l’Américaine. Pour moi, elle était Ouly. 


     Pourquoi ne pas l’avouer tout de suite ? Ouly était mon élève. Elle n’était ni trop belle ni douée. Pour parler comme mes collègues d’alors, elle était même nulle. Elle n’avait rien qui la distinguât des autres filles de sa classe ou du collège où je l’avais connue. Peut-être sa taille. Plutôt son âge car elle était assurément trop vielle pour les cours qu’elle suivait avec force lacunes, du reste. Ce qui m’avait le plus attiré en elle, c’étaient ses yeux. De grands yeux marron. Des yeux chargés de langueur qu’il m’était impossible de croiser du regard sans chavirer dans des pensées à la fois délicieuses et oppressantes, aussi tortueuses qu’un labyrinthe. Elle n’était point Ariane pour m’aider à me retrouver dans le dédale de telles rêveries. Au contraire, elle m’y égarait davantage grâce à son sourire auquel je n’ai su et me saurai jamais donner une épithète adéquate. 


     Mais tout cela est fini, irrémédiablement fini. Puisqu’Ouly n’est plus…

        

 

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