Extrait de PEPITES DE TERRE, poésie, Dakar, Editions feu de brousse, pp7-10

Extrait de PEPITES DE TERRE, poésie, Dakar,

Editions feu de brousse, pp7-10


Prologue


Le désoeuvrement des mains dans les poches

Je rumine ma tristesse en remontant l’Avenue

De la Médina au Plateau

De la noire fourmilière à la cité des Morts-Vivants


De la Médina au Plateau

Mon regard n’a pas souri une seule fois 


S’en aller

Les ports les aéroports les quais et les gares routières

Sont grouillants de rêves en partance

Pour quelque havre d’espérance


S’en aller

Les illusions en bandoulière

Loin loin très loin

De la maisonnée

Nombreuse trop nombreuse

Pour la seule pitance d’un salaire

Chiche comme une obole 


S’en aller

Par la mer l’air ou la terre ferme

S’en aller

Vers un espace sans borne

Ce pays est trop exigu pour de grands rêves 


S’en aller

Derrière soi cette vie de chien

Errant pêchant la paix de sa faim

Dans le ventre des poubelles 


Pour Madrid pour Marseille

S’en aller

Pour la Chine de réserve onctueuse

Pour le Japon aux yeux de porcelaine

Pour le Brésil des femmes au corps de samba
 


Pour une île du Pacifique

Où le roulement de la mer cadence

La danse des amours à ciel ouvert

Aspergeant les grèves vertes de spasmes mousseux

Pour le Pape ou pour la Kaaba

S’en aller

Et pour la Californie

Effleurée au hasard d’un Congrès

Avec ses lèvres ferventes

Et le miracle de ses mains liliales


O! fille de la Californie

Elle me distrait toujours l’avalanche maïs

De ta chevelure d’acanthe sur mon visage

Roucoule encore mon cœur

Sous l’onde lustrale de ton regard

Il m’a lavé ton regard bayou bleu

La sais-tu

De mon racisme vindicatif

Comme de mes autres complexes lavé

Avant toi j’étais fétu de paille

Jouet de l’humeur du vent

Depuis toi me voici meule d’assurance

Fille de la Californie

Quant ma mémoire va à ta recherche

Je cours boire une sébile de souvenirs

Au canari du poème que je t’ai dit

L’autre soir

Joue contre joue


Tu m’as offert une fleur

Comme tes lèvres ardente elle était

Je l’ai serrée sous ma couverture contre mon cœur

Et n’ai point fermé les paupières.


Tu m’as offert une fleur

Elle palpitait

Comme le corps d’une danseuse maghrébine

Toute la nuit j’ai humé son parfum


Tu m’as offert une fleur

Avec elle le baume de tes paumes

Sur le ciel de mon visage 


Tu m’as offert une fleur

J’ai égaré mon sommeil

Dans la glu des rêves impossibles

Car m’offrant cette fleur

Tu m’as fait convoiter ta bouche blette

Et ta peau velouteuse comme un tapis de Marrakech


S’en aller

Pour des cités riantes aux rues rutilantes

Pavoisées de joie

S’en aller pour n’importe où

Mais s’en aller

L’âge a voûté mon père

De coton semé sa toison de fauve septuagénaire

Mais il doit gagner le pain de ses vieux jours

Ma mère accroupie au seuil de ma conscience

Pleure d’avoir tant veillé

Sans espérer vivre une ère clémente de repos opulent

Ma femme veut me quitter

Outrée de mettre au monde

Des enfants qui meurent en bas âge

Faute de soins onéreux

 

S’en aller

Loin loin très loin

Loin de la ville ouverte aux épidémies

Avec ses avenues à cloaques et tumeurs d’immondices


S’en aller

Pourtant qu’elle est tenace la passion

Qui amarre mon cœur à cette terre.

 

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