Extrait de la pièce de théâtre : LE MIROIR,, Dakar, Les N.E.A.S.2005 , pp 74-82

Extrait de la pièce de théâtre : LE MIROIR,, Dakar, Les N.E.A.S.2005 , pp74-82.


PERSPECTIVE


GARMI


Usata, le texte !

USATA


Garmi, tu m’as menti.


GARMI


(Elle brandit le sceptre, menaçante). Vieux singe ! Comment oses-tu ?


USATA


Farba n’accepte pas de te donner la réplique.


GARMI


Il te l’a dit ?


USATA


Il me l’a répété.


GARMI


Écoute-le donc, si tu veux ! (Un temps). Comment faire comprendre une bonne fois pour toutes qu’il ne faut jamais écouter un homme qui bavarde mais lire dans ses yeux et déchiffrer ses gestes ?


FARBA


Mes yeux et mes gestes ne t’ont pas dit que…


GARMI


Veux-tu que je les interroge ?

(Elle avance lentement jusqu'à toucher corps à corps Farba. Celui-ci reste immobile).

Bravo ! Je ne me suis pas trompée. Tu es une vraie statue !

(Elle se détache lentement de lui, sans le quitter des yeux, à reculons. Puis, à une certaine distance, elle fait un quart de tour vers Usata).

Pour la troisième et la dernière fois, Usata :

Le texte est-il prêt ?


USATA


Le texte répondra présent lorsque les corps qu’il doit habiter seront disponibles.


GARMI


Je suis prête et c’est moi Yacine Boubou.


USATA


Madior est absent.


GARMI


Entendus-tu, Farba ? Sois Madior. Je le veux. (Un temps. Elle va vers Farba, persuasive).

Connais-tu bien l’Histoire qu’à nous deux, nous devons réveiller ?


FARBA


Laissons l’Histoire à son sommeil.


GARMI


Si l’Histoire n’ouvre pas les paupières, dans quel regard les hommes liront-ils leurs traces ?


FARBA


La caravane qui chemine sous la guidée de l’astre diurne ne recule pas vers le levant. Elle progresse patiemment vers le Ponant aux couleurs d’onde et d’incendie.


USATA


L’avenir sort du passé.


FARBA


Notre avenir, nous devrons alors l’arracher au néant puisque le passé que tes pareils exaltent se confond au mythe et à la légende !... Ni monument ! Ni aucune invention dont nous puissions être fiers !  Nos Ancêtres sont certes venu et ont vécu. Mais je croix qu’ils ont ouvert de gros yeux émerveillés et sont répartis sans avoir osé se mesure à la nature, sans avoir creusé la terre ni sondé la mer, sans avoir tenté de grimper au ciel pour cueillir la lune ou une grappe d’étoiles !... Exception faite des pyramides, de quel héritage du passé pouvons-nous légitimement nous enorgueillir ? Et si nous ne prenons garde, nos enfants et nos petits-enfants se poseront eux aussi cette mortifiante question… Puisque nous n’avons pas eu d’histoire tangible, construisons l’avenir sur du solide, en actes volontaire et en pierres.


USATA


Les trésors de notre passé sont inestimables. Et le présent est si stérile que c’est un devoir patriotique de nourrir l’espoir de nos concitoyens avec le souvenir des jours glorieux de l’Afrique.


FARBA


Gloire hypothétique !


USATA


Qu’importe ! L’essentiel est de fournir au peuple un appui qui l’aide à rester encore debout et confiant.
 

FARBA


Et vous voulez, tous les deux, que le passé , à son tour, s’appuie sur moi, emprunte mon visage, mes gestes et ma voix pour bercer d’illusions le peuple ?


GARMI


L’histoire que nous devons réveiller ouvrira les yeux au peuple.


FARBA


Je la connais trop bien et c’est pourquoi je lui refuse ma confiance… (Machinalement). Le prince Madior Fatim  Golégne convoite le trône du Cayor occupé par un Damel vieillissant et tyrannique. Un devin lui révèle qu’il faut qu’une Garmi donne son sang afin que ses vœux soient exaucés. Yacine Boubou consent à se sacrifier !... Cette histoire éculée n’intéressera plus personne. D’ailleurs le temps de souvenir doit faire place à celui de la réflexion.


GARMI


Et nous donnerons matière à réflexion. (Un temps). Farba, avant d’être épouse et mère, Yacine Boubou est une citoyenne. Elle n’a point donné son sang pour que Madior devienne Damel mais sûrement pour que le Cayor soit libéré de la dictature. Non pas pour que son fils Birame hérite un jour le trône de son père mais surtout pour que les enfants du Cayor grandissent sous un soleil d’équité et d’opulence. C’est pour le bien-être de son peuple et la sauvegarde de l’espoir qu’elle a consenti à mourir.


USATA


Comme le Cayor de l’époque, l’Afrique traverse une crise aiguë et ses populations, unanimes, aspirent à un changement radical et salutaire. Mon intuition me dit qu’il faut que le sacrifice de Yacine Boubou soit réitéré pour sortir ce pays de la situation où il s’enlise.


GARMI


Les hommes ont échoué. Aux femmes d’agir !


FARBA


Le sacrifice n’est pas une action.


USATA


Le sacrifice remet en marche un destin qui s’essouffle ou accélère ses pas quand il traîne la savate.


GARMI


Le pays vit dans la léthargie. Le rythme de notre existence est devenu le ralenti, son climat l’atermoiement. Le pays va accoucher, c’est sûr, mais on ne peut présager de quoi !  Pourtant, il est nécessaire qu’il accouche vite. Sans quoi,  nous perdrons patience et nos nerfs finirons par lâcher. Et qui sait ce qui arrive quand un peuple ne contrôle plus ses nerfs ?... Aujourd’hui, personne ne travaille vraiment ; chacun ménage son gagne-pain ; on ne dort plus, on veille ; on ne vit même plus on attend.  Et l’attente dure, dure !... Que va-t-il se passer ? Personne ne le sait. Et toutes les énergies semblent se concentrer et se réserver dans l’attente de la naissance que tous espèrent, naissance qui peut-être, donnera le signal pour un nouveau départ.


USATA


Vivement que le pays se remette à marcher et ne tourne plus en rond ni ne piétine !


GARMI


Comme toi, Usata, je crois qu’il faut un sacrifice pour donner au destin la couleur que nous souhaitons… Farba, nous devons réveiller l’Histoire pour qu’elle indique au peuple le geste à refaire pour que le mauvais sort lâche la patrie.


FARBA


J’ai compris.


GARMI


Alors ?

FARBA


Je te donnerai la réplique. Ce sera ma manière de tirer ma révérence.


GARMI


N’altère pas ma joie aussi vite. Tu  acceptes le rôle de Madior. Restons-en là. On examinera le reste, après… Tu mérites un gros bisou ! 
 
 

Commentaires (4)

1. Malick Diouf 11/08/2010

Salut,
Je suis ravi de relire quelques mots de ce texte qui restera graver en moi à jamais. Le chemin parcouru avec l' atelier de théâtre et le Météo m'ont beaucoup apporté... Merci

2. Alioune NDIAYE (site web) 02/03/2011

Malick,
Je crois que Marouba a joué sa partie, à nous de continuer le matche
Ce texte est à jamais d'actualité, une preuve d'une bonne inspiration
IL reste à nous "membres du météo Théâtre de redorer le blason et d'immortaliser en image ces textes de Mr Fall
Je l'ai rencontré dans les rues de Dakar, un jour du mois de Mars et je me suis tout de suite dit c'est la rencontre de l'Appel. Vous avez oublié Geweul Mbaay?
Bien que Marouba m'a appelé par mon speudo nom de Dr Thian, j'ai repris avec son autorisation mes habits de militant du G.R.A.S pour vous appeler tous à la relance du laboratoire.

Réagissez SVP, vous, comédiens et comédiennes du météo théatre aujourd’hui devenus professeurs,sociologues,enseignants,
communicateurs, émigrés, inspecteurs...ménagères...
Commençons par nous rencontrer virtuellement en forum sur ce portail
Ah...surtout toi Ajia depuis longtemps que ma main n'a pas rencontré la tienne pour en recevoir un gros....EURO

3. lina 15/03/2011

c est nul

4. Princesse d'ebene 20/11/2012

salut
je l'ai decouvert hier,je suivait l'emission impression de sada kane et j'ai été impressioné par son verbe.et surtt le poeme dedier a sa femme.ce qui ma conduit a faire les recherches sur la toiles et voir de plus prés ses oeuvres.Bravo marouba

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site