Extrait de la pièce de théâtre DE LA BIBLE AU FUSIL, Dakar, Les Editions Maguilen, 2006, pp 41-45

Extrait de la pièce de théâtre DE LA BIBLE AU FUSIL, Dakar, Les Editions Maguilen, 2006, pp41-45.


CINQUIEME RETROSPECTIVE


( L'Eglise Africaine.)


DENMARK :

Que les paroles que je vais prononcer soient entendues avec la raison et non avec le cœur. Le Livre est mon seul inspirateur. Le peuple hébreu était tenu en esclavage en terre d’Egypte et le Tout Puissant a désigné Moîse pour rompre ce joug. Aujourd’hui, les carcans de la servitude nous entravent. Et moi, Denmark Vesey, comme Moîse, je viens à vous, mes frères, et je vous dis : le temps est venu, suivez-moi ! Je vous conduirai en terre promise si Dieu le veut.


PREMIERE VOIX :

Où se trouve t-elle, notre terre promise ?


DEUXIEME VOIX :

L’Afrique !


DENMARK :

Mes frères, notre terre promise peut être sur ce sol même.


DEUXIEME VOIX :

Ici, au milieu d’hommes qui n’ont que mépris pour nous ?


DENMARK :

Viendra le jour où ils comprendront que le titre d’homme désigne indistinctement toutes les créatures humaines.


DEUXIEME VOIX :

Notre terre promise ne peut se trouver qu’en Afrique. Comme le préconise l’Association des Affranchis Libres, récemment créée à Philadelphie, retournons au bercail.


DENMARK :

N’avons-nous pas usé toutes nos forces dans les plantations, ahané comme des bêtes de somme sur les routes poudreuses, sué sang et eau dans les ateliers et sur les ports du Nouveau Monde ? Libres, devons-nous renoncer à nous faire une place au soleil parmi les citoyens de ce pays que notre labeur a enrichi ? Dés notre arrivée, nous pouvions envisager un retour collectif en Afrique. Mais serait-ce logique à présent que la plupart d’entre nous ont vieilli et sont vidés de l’énergie de la jeunesse ?

Qu’emporterons-nous en Afrique-mère ? Rien, mes frères ! Rien sinon nos muscles meurtris, nos mains calleuses, nos ongles cassés qui ne l’ont point servie ! Mes frères, l’Afrique n’a plus besoin de nous. Nous sommes- je veux dire nous devons aspirer à devenir- des citoyens du Nouveau Monde. 

POYAS :

Denmark a raison. Nous devons nous intégrer à la société américaine ainsi que l’a voulu Dieu qui nous a mêlés à cette race avec laquelle nous coexistons désormais. Seulement, il n’est plus question de courber l’échine. Nous revendiquons tous nos droits et de meilleures conditions de vie.


PREMIERE VOIX :

Les Blancs ne nous reconnaîtront jamais comme leurs égaux.


BILL : ( Se lève )

J’ai rêvé de la Liberté

Comme d’une femme exquise

En vain l’ai-je appelée !

Je ne serai, m’a-t-elle dit

Qu’à celui qui m’aura conquise !


POYAS :

Révoltons-nous !


PALMER :

Denmark Vesey, nous encourons de graves représailles si les paroles proférées ici tombent dans l’oreille d’un membre du Conseil des Notables.


DENMARK :

J’ai confiance en toutes les personnes ici rassemblées. Même à toi, Billy Palmer, je me fie car je pense que lorsque nous parlons de libérer le peuple noir, en ton âme et conscience, tu es avec nous.


TOUS :

Oui, nous voulons la liberté. Vive la liberté !


DENMARK :

M’écouterez-vous, mes frères ?


TOUS :

Comme toujours ! Parle et nous agirons.


DENMARK :

Etes-vous prêts à me suivre jusqu’au bout ?


TOUS :

Nuit et jour, nous serons derrière toi.


DENMARK :

Jurez-vous, devant Dieu, de ne reculer devant rien ?


TOUS :

Nous le jurons !

DENMARK :

Ainsi soit-il ! Que le Seigneur nous donne foi et détermination.


TOUS :

Amen.


DENMARK :

Permettez-moi, avant de nous séparer, de vous présenter Peter Poyas. (Il fait signe à Poyas qui le rejoint ). Vous le connaissez déjà tous. Cependant, je vous annonce qu’il sera mon bras droit. Moîse avait Josué. Moi, j’ai choisi Poyas pour vous servir.

(Applaudissements)

Mes frères, le moment est venu de nous quitter. Que chacun surveille ses propos car il nous faut agir dans la discrétion. Notre réussite en dépend. Ceux qui servent dans les campagnes reculées, au même titre que leurs frères de la ville, seront informés de nos décisions aussitôt qu’elles auront été prises. Que tout le monde se tienne prêt à répondre au moindre appel car Poyas et moi, nous n’allons pas perdre de temps.


BILL :

Josué livra la bataille de Jéricho.

Jéricho ! Jéricho !

Josué livra la bataille de Jéricho

Et les murailles s’écroulèrent !


TOUS :

Joshua fit the battle of Jericho.

Jericho! Jericho!
 
 

 

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