Extrait de la pièce de théâtre : ADJA, MILITANTE DU G.R.A.S., DAKAR, N.E.A.S, 1996.

Extrait de la pièce de théâtre : ADJA, MILITANTE DU G.R.A.S., DAKAR, N.E.A.S, 1996.

VISION 2

(Une pièce sans aucun meuble : des nattes, des peaux de mouton étendue à         même le parquet, des bouteilles de « saafara » (1), des piles de livres coraniques. Serigne Buxama, entouré de ses clients et disciples, parle).


BUXAMA

… Chaque peuple à ses coutumes et traditions. L’homme qui renie celles de son peuple pour adopter celles d’un autre est un homme perdu. Nos « parents »qui ont eu le malheur d’avoir été à l’école du Toubab ne suivent plus les coutumes et traditions de nos pères : ils ne s’habillent plus comme eux, ils ne mangent plus comme eux, ils ne parlent plus correctement leur langue et ne se soignent plus comme eux. Ils croient que la médecine des Rouges Oreilles est plus efficace que la nôtre. Or, moi, Buxama, je dis que cette médecine-la ne guérit pas nos maux, à nous autres fils d’Afrique noire. Est-ce que je mens ?


L’AUDITOIRE

Non ! 

BUXAMA


Si je mens, dites-le.

L’AUDITOIRE


Tu dis la vérité, Serigne Buxama.


BUXAMA


La médecine des Blancs peut-elle guérir la femme stérile comme ëkk-la-souche ?


L’AUDITOIRE


Non ! 


UNE FEMME

(portant un enfant sur le dos).

J’en sais quelque chose. Quand mon époux a voulu me répudier après dix ans de mariage parce que je ne lui ai pas donné une seule « ombre » dans ce monde, c’est Serigne Buxama qui m’a aidée. Et voyer, aujourd’hui, je porte sur mon dos un garçon.

(Murmures de l’auditoire édifié).


BUXAMA


La médecine des blancs peut-elle exorciser un envoûté ?


L’AUDITOIRE


Do ko dégg ! (2)


UN HOMME


     Dég lu léen ma ma nettli léen li ma dal daaw ! (3) Mani, j’ai été malade un mois durant. Ma famille m’a interné à l’hôpital : les docteurs m’ont observé derrière leur appareil qui détecte les maladies ; les infirmiers m’ont oblige à prendre des comprimés amers le matin, l’après-midi et le soir : ils m’ont piqué au bras droit, au bras gauche ; ils m’ont piqué à la fesse droite, à la fesse gauche. En vain. Mon état allait de mal en pris. Les miens ont finalement demandé l’autorisation de m’emmener chez les guérisseurs traditionnels.

      En effet, ma maladie était intraitable par les adaptes de la médecine occidentale : une femme sorcière voulait prendre possession de mon âme. Et je le dis tout haut, c’est grâce aux fétiches de Serigne Buxama que j’ai échappé à cet être maléfique.

(Murmures de l’auditoire)    
             

BUXAMA


Voilà pourquoi je dis toujours : malheur à ceux des nôtres qui refusent tout crédit aux fétiches. Ku gëmul xarfa fuufâ, xârfâfuufâ ni la fuuf (4).

Ma ko wax,  du ma fen (5)


L’AUDITOIRE

Waalaay, tu dis la vérité.


BUXAMA


Ai-je jamais menti ? Je dis toujours la vérité, la grande vérité que me soufflent les Esprits.

Me croyez-vous ?


L’AUDITOIRE


Nous te crayons.


BUXAMA


Alors sachez-le, dites-le à vos parents, à vos amis, à vos connaissances, dites-le au monde entier : je suis Buxama, le faiseur de miracles, l’homme qui sait tout, voit l’invisible, entend l’inaudible, touche l’impalpable, celui qui déjeune et dîne avec les forces de la nuit, détentrices du secret du Bien et du Mal.


(A ce moment entrent Gewal Mbaay et Adja)


GEWAL


Salamualey kum !
 

L’AUDITOIRE


Malikum Salaam !


GEWAL (à Buxama).


Serigne, as-tu la paix ?

BUXAMA

La paix seulement. J’en remercie Allah le Tout Puissant et son Prophète vénéré.


GEWAL

Me reconnais-tu, Serigne ?


BUXAMA

A vrai dire, non. Je reçois tellement de visiteurs.

GEWAL

Dëgg lë ! (6) c’est moi Gewal mbaay. Je suis venu la semaine dernière te soumettre le cas d’un ami dont le fils est sorti du centre neurologique plus fou qu’avant. 

BUXAMA (riant aux éclats).

Les Blancs peuvent-ils guérir un malade mental ?


L’AUDITOIRE


Mukk ! Jamais ! Au contraire, ils l’enfoncent davantage dans sa démence.


BUXAMA (à Gewal)


Je te reconnais à présent.

(A Adja).


Femme, sois la bienvenue.


(A tous les deux)


Asseyez-vous donc.


GEWAL


Nous voulons te parler seuls.


BUXAMA


Je n’ai pad de secret, moi. Je ne travaille pas dans l’ombre car je suis sûr de mon pouvoir. Mais si vous préférez la discrétion, je n’y trouve pas d’inconvénient.


(A son auditoire)


Sortez un instant. Vous reviendrez après le départ de mes clients.


(Les intéressés sortent).


Gewal Mbaay, je suis à toi. 


GEWAL


Je t’amène cette dame. Elle est ma Géér. Je suis son griot. Non pas son griot de naissance mais rien la concernant ne m’est caché. Elle ma témoigné tant de bienveillance et comble de tant de bienfaits, que je ne saurais jamais la payer de retour.

BUXAMA

Dëgg lë !


GEWAL


Elle n’a rien à envier à  un homme. Elle est de noble ascendance et on la respecte dans son quartier. Tu as sans doute entendu parler d’elle à la radio.


BUXAMA


Sans doute.


GEWAL


Voici Adjaratou Rama Ndiaye, présidente de la 5e Section, militante remarquée du G.R.A.S., Parti du président de la république.


BUXAMA


Hum ! Hum ! J’ai entendu son nom.


GEWAL


     Adja, voici Serigne Buxama. C’est parce que j’ai entièrement foi en sa science que je te mets en rapport avec lui.

      Dis-lui de ta douche ce que tu veux, qu’il entende de ses oreilles et te répondes de sa bouche afin que tu entendes de tes oreilles.

      Moi, je me retire et j’attends dehors.


ADJA


Tu peux rester. Je n’ai rien à te cacher.


GEWAL


Non. Parle-lui seule. La discrétion est mon seul défaut.


(Gewal sort)


BUXAMA


Je t’écoute, femme.

ADJA


Je serai brève mais claire. Je suis responsable de Section et de Comité politique et j’ambitionne d’être député.


BUXAMA


Rien ne m’est impossible. Je sais tout. Je prévois tout. Je peux détourner le mauvais sort. Je peux refondre la destinée d’un homme.

Si nous nous entendons, tes désirs seront exaucés.


ADJA


Il n’y a pas de raison pour que nous ne nous entendions pas.

Pour commencer, j’exige que tu te consacres exclusivement à mon cas. Pour cela, je te propose de t’héberger pendant le temps que va durer ton « travail » pour moi.

_______________________________

1. eau bénite.
2. Tu n’entendras jamais dire cela.
3. Ecoutez, que je vous raconte ce qui m’est arrivé.
4. Celui qui ne croit pas aux fétiches sera détruit par les fétiches.
5. Je le dis et je ne mens pas.
6. C’est vrai.
 

Commentaires (4)

1. name (site web) 29/06/2010

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2. MARIE JEANNE KOUME 12ANS 05/11/2012

C'EST UN OEUVRE MAGNIFIQUE MONSIEUR MAROUBA!
VOUS ÊTES UN BON ÉCRIVAIN :D

3. aba (site web) 20/11/2012

Vous-etes un bon ecrivain!!

4. absatoulo (site web) 31/12/2013

j adore vraiment cet oeuvre la vie de nos grands peres c est vraiment magnifique

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