LES VOIX / VOIES DE L’ENGAGEMENT : Ecrire et s’abstenir ou écrire et s’investir ?

LES VOIX / VOIES DE L’ENGAGEMENT.

Ecrire et s’abstenir ou écrire et s’investir ?

 Il est fréquent que le public interroge l’écrivain que je prétends être sur sa position par rapport à l’engagement.

S’il s’agissait de définir le mot ou bien de me prononcer sur l’interprétation que j’en fais et la façon dont je vis cette interprétation dans mes actes, mes prises de parole de tous les jours, il serait simple de répondre à cette question.

Je crois être engagé en tout ce que j’entreprends. Je ne m’économise pas, je me donne à fond, corps et esprit, afin d’obtenir le résultat escompté. En effet, l’engagement, pour moi, est une manière d’adhésion intellectuelle, morale et physique qui se traduit dans la conduite et l’action. Lorsque je dis « Je m’engage », cela signifie qu’après avoir pesé le pour et le contre, je suis d’accord et que je vais agir en fonction de mes convictions.

Il est, cependant, clair que lorsqu’un élève, un étudiant, un professeur de Lettres ou un critique littéraire évoque l’engagement, il pense certainement à cette orientation de l’écriture qui ressemble à un courant littéraire sans l’être, cet esprit critique devenu une mode, au XX ème siècle, chez bon nombre d’intellectuels, singulièrement chez les adeptes de l’auteur de L’EXISTENTIALISME EST UN HUMANISME.

 Pour Jean Paul SARTRE, l’intellectuel est concerné par les événements qui secouent son époque.

Peut- être faut- il tout de suite souligner que le point de vue selon lequel  l’intellectuel a une part de responsabilité dans le destin de la communauté au sein de laquelle il vit est un point de vue qui a toujours existé et s’est illustré à travers les actes et les écrits des penseurs et des créateurs sans frapper l’attention autant qu’il le fait à l’époque contemporaine.

L’intellectuel, homme de réflexion ou écrivain, indépendant d’esprit, libre de mouvement, a toujours exprimé, en toute objectivité,  son opinion sur les situations sociales qui l’interpellent. Il a rarement cohabité en toute quiétude avec les tenants du pouvoir temporel. A ce propos, il me plaît d’évoquer le souvenir de notre ancêtre Kocc Barma Faal, le sage aux quatre touffes de cheveux qui a donné du fil à retordre au Damel qui régnait sur le Cyor d’alors.

Est- il besoin de rappeler que le chef de file de l’école romantique, dans son poème «  Fonction du poète » consigné dans le recueil LES RAYONS ET LES OMBRES, jetait déjà l’anathème sur l’intellectuel qui se dérobait derrière le silence et l’inaction quand la cité se trouvait en crise ?

L’auteur de COUPS DE PILON (1) est un exemple de poète « engagé » au sens où cette épithète est communément comprise. Anticolonialiste et hostile à l’acculturation, David Mandessi DIOP a donné des poèmes qui sont des coups de poing contre les exactions coloniales.

 Un autre écrivain noir, de la diaspora, précisément des Antilles, dont la communauté internationale a célébré,  le 17 avril 2009, le premier anniversaire de la disparition, écrit : « Si je ne sais que parler, c’est pour vous que je parlerai…Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche ; ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir… » (2)

 Il me faut avouer qu’Aimé CESAIRE, auteur du CAHIER D’UN RETOUR AU PAYS NATAL  a beaucoup inspiré voire imprégné le dramaturge que je suis

Avant d’aller plus avant, il serait bon de faire remarquer que  les rappels que nous venons de faire ne touchent que l’un des aspects de l’engagement. 

Penser et parler pour le peuple, au nom de lui, est sans doute louable pour l’écrivain conscient de sa mission sociale. Mais est- ce suffisant ? L’auteur de LES MAINS SALES exhorte l’intellectuel à  « mettre la main à la pâte ». Hugo, personnage de cette pièce de théâtre, revendique des « actions directes », ne voulant plus se contenter de rédiger des textes.

David DIOP qui, au lendemain de l’indépendance arrachée à De Gaulle par le bouillant Sékou Touré, va au secours de la Guinée, écrit : « Il est des cas où celui qui se prétend intellectuel ne doit plus se contenter de vœux pieux et de déclarations d’intention mais donner à ses écrits  un prolongement concret. » (3)

 CESAIRE adopte la même démarche lorsqu’il se dit à lui- même : « Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez- vous de vous croiser les mains en l’attitude stérile du spectateur… » (4)

L’engagement, pour être total, se prolonge dans l’action. C’est sans nul doute cet aspect  impliquant la descente physique sur le terrain où se joue le devenir de la communauté, qui divise les intellectuels. Il y a ceux qui pensent que leur rôle consiste à participer à l’arbitrage du jeu qui mobilise leurs contemporains. Il y a les autres qui estiment qu’ils doivent entrer dans le jeu pour « être dans le coup ».

S’il y a des écrivains célèbres comme André MALRAUX, Max GALLO, SENGOR, Bernard DADIE et Aimé CESAIRE, pour ne citer que ceux- là,  qui ont pu concilier l’action littéraire et l’action politique, le plus grand nombre de créateurs préfère s’en tenir à l’écriture et au discours. Parmi ce groupe, il en existe d’ailleurs qui remettent en cause l’engagement lorsqu’il signifie dénonciation de mœurs politiques ou prise de position sur certains problèmes sociaux. En fait, certaines productions ressemblent plus à des tracts plutôt qu’à des œuvres artistiques car elles donnent plus d’importance au message véhiculé qu’au style et à la structure déterminants dans l’esthétique littéraire.

Dans LIBERTE 1, SENGHOR fait remarquer : « L’art n’est d’aucun parti, s’il n’est pas nécessairement apolitique. » Il ajoute : « Un poème n’est pas un article de journal, ni un roman, une thèse ou un pamphlet. »  (5)

Lydie SALVAYRE ne pense pas différemment qui déclare dans une interview parue dans le numéro de Libération du 29 juillet 2000 : « Un roman n’a pas besoin de s’engager politiquement pour être politique. C’est, à l’inverse, quand il s’engage politiquement qu’il cesse d’être politique. » (6)

L’Institut français de Rabat, en m’invitant dans le cadre de la 5 ème édition de la manifestation « Le français dans tous ses états » qui se déroule dans plusieurs villes marocaines, du 20 au 25 avril 2009, me donne l’occasion d’exposer ma voie de l’engagement littéraire.

Après la parution de mon premier recueil poétique CRI D’UN ASSOIFFE DE SOLEIL, je me souviens qu’un journaliste sénégalais de l’O R T S m’a demandé si je suis un écrivain engagé. Ma réponse a étonné les auditeurs car j’ai émis beaucoup de réserves. En effet, j’ai constaté que l’engagement, en littérature, est perçue de façon tendancieuse et que l’épithète  « engagé » est trop négativement chargée au détriment de l’intellectuel qui passe pour un «donneur de leçons » ou pire  un « râleur professionnel », dés lors qu’il prend le parti de mettre à nu les tares et inégalités sociales.

Bien sûr, si on considère l’écrivain engagé comme un révolté, un accusateur des plus forts et un défenseur des plus faibles, mes premiers écrits me classent dans cette catégorie.

J’ai vraiment déclaré, en exergue au recueil CRI D’UN ASSOIFFE DE SOLEIL:

 

Les temps sont venus

Où le poète ne doit plus se contenter d’écrire

Des vers savants et sonores

Il doit

Prédire

Les maux

Avec des mots de tous les jours (7)

 

Si cette déclaration exprime l’engagement, il s’agit d’un engagement orienté vers la critique, ce qui restreignait le champ de mon expression littéraire autant sur le plan du fond que sur celui de la forme.

En fait, mon premier recueil poétique est un véritable pavé dans la mare, expression pathétique du désarroi d’un croyant qui appelle en vain un Dieu silencieux et lointain, expression nue et abrupte du ressentiment d’un être humain livré à la férocité d’un monde devenu jungle.

 

Dieu est- il mot  (8)

 

Je veux retrouver la trace du Soleil

Pour que le monde redevienne le Monde

Et l’Homme aussi pur que son Ancêtre primordial (9)

 

C’est aussi le bruit que fait un jeune poète qui veut que sa petite voix émerge parmi les voix puissantes qui emplissent les oreilles du monde.

 

 

Awa

Tu es la Poésie

Je veux être un poète de grande renommée

Mais je ne suis pas l’Amant d’hier…(10)

 

Avec le recul et l’expérience acquise, j’ai pu admettre moi- même que colère et provocation se mêlent dans cette oeuvre dont on a dit qu’ « elle a de la gueule mais pas du ventre » ou encore qu’elle était « osée » à cause du titre de la deuxième période : La mort de Dieu.

 

CHAKA OU LE ROI VISIONNAIRE est ma première pièce de théâtre publiée. Ecrite en 1978, bien avant la période des Conférences Nationales, elle aborde le problème de la gestion du pouvoir en Afrique noire. Au- delà de la critique de la dictature, du plaidoyer en faveur de la construction d’une Afrique unie, l’œuvre est un appel à une prise de conscience collective pour un sursaut salutaire  du continent 

 

Personne n’a pensé pour vous.

Personne n’a bâti pour vous

Vous êtes les Oubliés de l’Histoire !(11)

 

Ce souci d’attirer l’attention sur la place de l’Afrique dans l’Histoire se poursuit dans LE MIROIR. De la bouche du comédien Farba, donnant la réplique au dramaturge Usata, sort cette réflexion qui a dérangé plus d’un spectateur :

 

Notre avenir, nous devrons alors l’arracher au néant puisque le passé que tes pareils exaltent se confond au mythe et à la légende ! Ni monument ! Ni aucune invention dont nous puissions être fiers ! Nos Ancêtres sont certes venus et ont vécu. Mais je crois qu’ils ont ouvert de gros yeux émerveillés et sont repartis sans avoir osé se mesurer à la nature, sans avoir creusé la terre ni sondé la mer, sans avoir tenté de grimper au ciel pour cueillir la lune ou une grappe d’étoiles ! Exception faite des Pyramides, de quel héritage du passé pouvons- nous légitimement nous enorgueillir ? (12)

 

Quant à ADJA, MILITANTE DU G.R.A.S (13), œuvre primée au Concours théâtral interafricain organisé par RFI, en 1981, elle met en situation une femme qui a compris que la politique offrait au sexe faible un cadre d’épanouissement individuel et de promotion sociale. Les observateurs avertis ont sans doute retenu que mon but n’a pas été de ridiculiser la femme militante mais de suggérer que la politique au service de la cité peut contribuer efficacement à l’émancipation des femmes africaines.

 

Le sujet de ALIIN SITOOYE JAATA OU LA DAME DE KABRUS (14)  est franchement politique et ma démarche délibérément en porte- à- faux avec celle adoptée consistant à contourner les vrais problèmes nés du contexte colonial et de l’enclavement de la région sud du Sénégal. Cette pièce créée à Dakar, en 1993, par la troupe d’art dramatique du Théâtre National Daniel Sorano aurait été interdite de représentation scénique en Casamance.

 

Si mes premiers écrits publiés ont pu justifier que certains lecteurs et critiques me classent dans le camp des écrivains engagés, je dois signaler, en ce qui me concerne, que le terme « engagement » ne signifie pas du tout ce que beaucoup attendent et entendent.

L’engagement, tel que je le conçois, n’est pas une démarche dictée par les contingences socio- politiques ou bien par le souci de l’écrivain de répondre à l’attente de ses contemporains. Ecrire est en soi un acte suffisamment grave qui ne peut loger dans le cadre informel du hasard. C’est un acte individuel, volontaire et responsable qui engage son auteur, corps et esprit. Combien de personnes sont emprisonnée et combien d’autres assassinées à cause de l’encre charriée par leurs plumes sans compromis ni compromission ? Ecrire, c’est déjà s’engager car c’est accepter, en parfaite connaissance de cause, de se livrer aux autres. Le Wolof dit bien : « Ku wax feeñ » c'est-à-dire : « S’exprimer c’est se démasquer » Celui qui écrit prend un double engagement, conscient ou non : il doit renouveler le message et la forme, surtout la forme qui détermine l’originalité de l’œuvre écrite. C’est quand le langage transforme la langue que commence l’engagement qui, en littérature, consiste à voir et à dire les choses autrement. Car, dans la création artistique, il y a une entreprise incontournable de renouvellement du style et de réinterprétation du réel.

J’écris parce que j’ai autre chose à dire autrement. C’est la raison de mon embarquement dans le bateau ivre de l’écriture. C’est le seul sens que je donne à l’engagement.

L’engagement naturel qui découle du seul fait d’écrire est renforcé quand l’écrivain prend le parti  de s’exprimer en toute sincérité sur ce qu’il voit, entend et sent autour de lui ; choisit de mettre sa plume au service des justes causes et prête sa bouche à la vérité, rien qu’à la vérité.

L’engagement- sincérité est ce que préconise Roger VAILLAND lorsqu’il fait remarquer : «  L’engagement particulier de l’artiste, c’est de descendre aux entrailles des choses et de rendre exactement ce qu’il a découvert. » (15)

 L’artiste en général, l’écrivain en particulier, a un devoir d’investigation, d’enquête, de documentation voire d’exploration du terrain ou d’observation de proximité de son sujet. Les écrivains naturalistes, à l’instar d’Emile ZOLA,  ont adopté cette conduite pour approfondir et élargir le réalisme encore teinté de subjectivisme chez FLAUBERT.  Mes romans : LA COLLEGIENNE (16), ENTRE DIEU ET SATAN (17) et BETTY ALLEN OU LA LIBERTE EN QUESTION (18) sont le fruit  d’une volonté de créer le vraisemblable en combinant la fiction et la  réalité.

 L’artiste doit ensuite restituer avec fidélité  la réalité sans nécessairement la photographier ou la photocopier

         L’engagement littéraire qui astreint l’écrivain à descendre aux entrailles des choses et à rendre exactement ce qu’il a découvert n’est pas très éloigné de l’engagement- dénonciation qui a toujours créé des malentendus voire des hostilités entre l’artiste et les tenants du pouvoir temporel. En effet, quand le créateur entreprend de communiquer exactement ce qu’il pense, ressent, voit, entend ou croit, il peut déplaire à ceux qui n’ont aucun intérêt à ce que la vérité soit dite, ceux qui voient d’un mauvais œil les personnalités publiques qui exercent entièrement leur droit à la liberté d’expression. Ces drenières sont souvent considérées comme des opposants au régime en place alors qu’il n’en est rien. Le musicien sénégalais Ouza DIALLO qui met son art au service de ses convictions politiques en sait quelque chose.

Dans toutes les langues du monde, il existe certainement un équivalent de cet adage qui dit : « Toute vérité n’est pas bonne à dire. » Dans ma langue maternelle, cela donne :  «  xam lépp wax lépp baaxul ! » et en sérère : «  An fopp lay fopp faaxe ! »

C’est donc, en parfait accord avec ma conscience que j’écris dans PEPITES DE TERRE, mon second recueil de poèmes :

 

Moi la bouche de vérité

J’aiderai les silences à terme

A mettre au monde

Des mots- abeilles

Pour harceler le Mal

Des mots- aiguilles

Pour unir les volontés saines

Des mots- arche

Vers la lune…(19)

 

L’écrivain, s’il choisit de dire la vérité ne se contente pas de mettre à nu ce qui ne va pas dans la société, de caricaturer les êtres malfaisants. Il exalte aussi le bien, indique les issues de secours, célèbre les héros et propose des voies de sortie de crise.

C’est dans le long poème : « Dernière aube d’un poète » que je dessine l’imagine de l’écrivain que je crois être :

 

 

Je suis comme l’âme et la chair de mon peuple

Je n’ai traduit que les paroles de son cœur

Et n’ai décrit que les saisons de son corps

Car j’ai voulu mon poème

Comme la poignée de nourriture quotidienne

Qui soutient l’espoir et maintient à la vie.(20)

 

Peut- être faut- il faire comprendre que ma démarche en matière de création littéraire trouve une explication dans mes origines sociales. Je revendique mon appartenance aux couches défavorisées de la société sénégalaise :

 

Le désoeuvrement des mains dans les poches

Je rumine ma tristesse en redescendant l’Avenue

Du Plateau à la Médina

De la Cité des Morts- Vivants à la noire fourmilière

Parmi laquelle ma conscience a élu domicile. (21)

 

Déjà, dans CRI D’UN ASSOIFFE DE SOLEIL, je proclamais :

 

Paysan

Je suis né de la terre arrosée de rosée

L’eau de pluie m’a abreuvé

Le sna et le saño m’ont nourri

La chaleur a bruni mon corps

Le souci du lendemain durci mon regard

Vois mes mains calleuses mes ongles émouchetés

Vois mes pieds écorchés sur le sillage épineux du Soleil

Je ne connais que le langage rectiligne de ceux qui cherchent la vérité (22)

 

La mission que je m’assigne en tant que poète est claire :

 

Je ne dirai que les choses essentielles

Je prédirai

Je prophétiserai…(23)

 

Ne me prenez surtout pas au mot. Ni charlatan, encore moins prophète au sens où Hugo le prend. Mais veilleur vigilant qui n’entend pas venir constater les dégâts après qu ils ont eu lieu. Mais celui qui avertit, qui prévient avant que le serpent du mal ne morde !

Cette démarche née d’une prise de conscience qui me fait témoigner au nom de mes concitoyens, s’est, pendant longtemps, limitée à l’écriture

J’ai, jusqu’à ces dernières années, pensé que l’artiste devait être apolitique et s’armer pour un combat sans merci contre tout ce qui peut corrompre et diviser :

 

J’ai renié la race la caste l’ethnie comme le parti

Dans ma quête d’Absolu

Je rejoins dans le même cri les voix éparses

Qui hèlent le Soleil de tous les points cardinaux

Je hais l’argent le sexe et la politique

La politique est un étau

Le sexe un bourbier où s’enlise l’esprit

L’argent vain trophée (4)

 

Aujourd’hui, une évidence s’est faite jour en moi. Ce dont l’artiste doit se méfier c’est de la politique politicienne et du parti- Etat. La politique bien comprise, elle, émancipe l’individu ainsi que je le laisse entendre dans ADJA, MILITANTE DU G.R.A.S. Elle permet à une majorité de citoyens d’élaborer, dans une dynamique consensuelle et participative, des stratégies de développement multidimensionnel au service des populations. Un parti politique constitué par une partie représentative et homogène de citoyens, est un cadre de réflexion et d’échanges pour harmoniser les actions susceptibles de concrétiser, dans la cohésion, les stratégies de développement.

Aujourd’hui, ma démarche se prolonge par un effort d’implication personnelle dans toute action dont le but est de contribuer au meilleur devenir de mon quartier, de ma ville et de mon pays.

Ma conviction reste, cependant, que l’artiste et l’intellectuel qui s’investissent en politique ont une attitude différente de celle des politiciens professionnels que fustige feu Kéba MBAYE.  Ces derniers ont un esprit partisan, sont opportunistes et instables comme des girouettes tandis que les premiers sont républicains et idéalistes. La politique est un sacerdoce, non pas une sinécure. S’y engager comporte des risques. Il faut d’abord se salir les mains mais ensuite rendre compte.

Si l’artiste et l’intellectuel hésitent à s’engager politiquement, c’est pour garder leurs mains dans une relative propreté et leur indépendance intacte.  Un parti politique est un cadre de sélection et de promotion pour ceux qui veulent être investis au nom d’un groupe partageant la même idéologie et défendant un même projet de société. C’est justement parce qu’il concerne un groupe  et astreint le militant à une ligne de conduite et à une discipline que le parti politique est un cadre trop étroit pour l’artiste et l’intellectuel pour qui la liberté de pensée et d’action, la liberté tout court,  est vitale.

 En côtoyant les hommes politiques et après avoir exercé les fonctions de proviseur de lycée pendant sept ans, je ne peux manquer d’exprimer mon admiration et mon estime aux gestionnaires de la vie publique. Les hommes politiques, sur le terrain toujours glissant de l’action, ont affaire aux choses palpables et aux êtres de chair et de sang. Ils doivent changer le monde ou bien le maintenir dans un équilibre qui permette une existence décente aux populations qui ne se nourrissent ni d’idées ni de rêves même si elles ont besoin de littérature, de musique et de peinture.

L’artiste et l’intellectuel s’occupent de l’esprit quand l’homme politique veille à tenir disponible tout ce que réclame le corps des hommes,  des femmes et des enfants de son pays.

L’artiste agit en son seul nom et ne rend compte à personne. L’homme politique parle au nom de son peuple à qui il doit des comptes. Aimé CESAIRE, auteur du DISCOURS SUR LE COLONIALISME est plus intransigeant qu’Aimé CESAIRE, Maire de Fort- de France. Pourquoi SENGHOR, poète est  unanimement adulé et SENGHOR, Président de la République remis en cause par certains ?

Au bout de cette longue réflexion, il ne me reste qu’à répondre, pour moi- même, à une double question : Ecrire et s’abstenir ou écrire et s’investir ?

Je trouve qu’il est facile de s’installer sur un siège de spectateur et de jeter la pierre au joueur qui mouille son maillot ; inadmissible de vouloir manger au plat des hommes politiques sans se salir les mains comme ceux qui se réclament de la société civile.

L’artiste a le choix entre l’art pour l’art et l’art au service de la société. Le premier ne l’engage qu’à une chose : créer une œuvre de beauté. Le second exige qu’il donne une fonction, un sens à l’œuvre de beauté.  J’ai choisi l’art au service de la société. Mais j’ai aussi choisi de ne plus croiser les bras.

Il n’y a pas une seule voie de l’engagement. Il en existe autant qu’il existe d’écrivains dont chacun s’est fixé un objectif. Une œuvre littéraire prend la couleur et la température de la mission que chaque écrivain s’est assigné. Je n’écris pas pour mon plaisir. Je n’écris pas pour donner des leçons. J’écris pour répondre présent et parler au monde dans l’espoir d’être entendu aussi loin et aussi longtemps que la portée et la force de ma voix le permettent.

 

Marouba FALL

Marouba_fall@yahoo.fr / fallafall50@yahoo.fr

www.e-monsite.com/maroubafall

Rabat, le 25 avril 2009.

 

 

 

 

 

 

 

 

OUVRAGES ET TEXTES CITES

 

1- DIOP David : Coups de pilon, Paris, Editions Présence Africaine, 1973

2- CESAIRE Aimé : Cahier d’un retour au pays natal, Paris, Editions Présence Africaine, 1983, p 22

3- Cité par SALL Babacar : Poésie du Sénégal, Paris, Editions Silex, 1988, p53.

4- CESAIRE Aimé : Cahier…, p 22.

5- SENGHOR : Liberté 1, Paris, Editions du Seuil, 1964, p 158.

6- SALVAYRE Lydie : Ecrivain français d’origine espagnole. Voir internet.

7- FALL Marouba : Cri d’un Assoiffé de Soleil, Dakar, Nouvelles Editions Africaines, 1984, p 16.

8- idem, p23

9- idem, p 253

10- idem, p 19.

11- FALL Marouba: Chaka ou le roi visionnaire, théâtre, Dakar, Les Nouvelles Editions Africaines, 1984, p 59.

12- FALL Marouba : Le miroir, théâtre, Dakar, Les Nouvelles Editions Africaines du Sénégal, 2005, pp 77 / 78.

13- FALL Marouba : Adja, militante du G.R.A.S, théâtre,  Dakar, Les  Nouvelles Editions Africaines du Sénégal, 1996.

14- FALL Marouba : Aliin Sitooye Jaata ou la dame de Kabrus, théâtre, Dakar, NEAS, 1996.

15- VAILLAND Roger : Ecrivain français. Voir internet.

16- FALL Marouba : La collégienne, roman, Dakar, NEAS, 1990.

17- idem Entre Dieu et satan, roman, Dakar, NEAS, 2003.

18- idem : Betty Allen ou la liberté en question, récit, Dakar, NEAS, 2007.

19- idem : Pépites de terre, poèmes, Dakar, Editions feu de brousse, 2004, p 14.

20- Pépites de terre, pp 56 / 57.

21- Pépites de terre, p 61.

22- Cri d’un Assoiffé de Soleil, p18.

23- Cri…, p20.

24- Cri…, p27.

 

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