Plaidoyer pour la mort du gagne-pain

 

Plaidoyer pour la mort du gagne-pain


L’autre semaine, en visitant le net, j’ai noté que l’un des sujets de philosophie au baccalauréat 2007, en France, était une question apparemment simple mais très délicate : que gagne t-on par le travail ? Je l’ai communiqué à ma fille qui est en classe de Terminale. Il me paraît intéressant de susciter un débat sur le travail en général, notamment sur ce qu’il apporte à l’individu, sans perdre de vue la manière dont celui-ci peut faire rayonner le métier ou la fonction qu’il choisit et exerce avec foi et désintéressement.

Parler du travail dans le contexte actuel, c’est poser le doigt sur un problème qui explique en partie le piétinement de notre pays où les salariés réclament toujours des avantages sans travailler avec la même ardeur. Ne dit-on pas ici que ce n’est pas le travail, mais la débrouillardise qui enrichit ? Le travail est tout juste une couverture pour bon nombre de fonctionnaires qui s’adonnent à mille autres activités génératrices de revenus. Ainsi, le cumul de fonctions est-il un mal difficile à circonscrire dans un pays où tout le monde fait des affaires et bâcle ce pourquoi il est payé par l’Etat.

Sans les secteurs privé et informel, ce pays serait à genoux depuis belle lurette ! Le fonctionnaire sénégalais moyen travaille peu et n’a aucun égard pour le bien public. Egoïste et dénué de sens civique, il n’a de souci que pour son ventre, sa poche et son compte en banque. La réponse qu’un citoyen de la sorte donne sans hésiter à la question posée ne fait aucun doute : l’argent. Est-ce une réponse suffisante ? Par le travail, gagne-t-on seulement ce qu’on perçoit en fin de journée, en fin de semaine, en fin de mois ? En d’autres termes, est-ce seulement un salaire, des émoluments et autres indemnités en espèces sonnantes et trébuchantes ou en liasses qu’on gagne en travaillant ? Bien sûr que oui si l’on considère que ‘gagne-pain’ est un synonyme adéquat de ‘travail’.

Je me souviens que, lorsque notre professeur de français nous demandait de traiter en dissertation le sujet : ‘Est-ce que l’argent fait le bonheur ?’, la plupart de mes condisciples répondaient par la négative. Après avoir développé une thèse où ils égrenaient les avantages de l’argent qui ouvre toutes les portes, permet d’acheter jusqu’à l’âme des beautés vénales et des juges cupides, ils illustraient leurs arguments antithétiques en évoquant la fable de La Fontaine : ‘Le Savetier et le Financier’ (1) ainsi que des faits divers comme la tragique mésaventure d’un pauvre usurier trouvé sans vie dans son coffre-fort dans lequel il s’était glissé pour ranger ses paquets de billets de banque, à l’issu des membres de sa famille. Cela ne les a pas empêchés, à la fin de leurs études, de convoiter, suivant la formule consacrée, une bonne planque, c'est-à-dire un emploi qui, tout en n’exigeant pas la dépense de beaucoup d’énergie, fait ramasser le maximum de fric.

Pourtant, dans son sens bien compris, travailler, c’est se dépenser physiquement ou intellectuellement pour produire de la valeur ajoutée à verser au compte du bien-être collectif. En contrepartie de cette contribution qui participe à un processus qui entraîne le développement général, on perçoit une rétribution symbolique qui est sans cesse revue et réévaluée en fonction de l’allégement ou de l’acuité des contraintes économiques et sociales.

Pour beaucoup, la rétribution, rémunération ou salaire est la seule fin du travail. Les tenants de ce point de vue estiment qu’on travaille pour s’assurer le minimum vital, acquérir les moyens de satisfaire les besoins élémentaires que sont : manger, boire, se vêtir, se loger, s’offrir des loisirs, soigner et instruire ses enfants. Le travail envisagé de cette manière, on conçoit aisément que des fonctionnaires, ayant des situations enviables dans leur propre pays, en arrivent à tout plaquer pour s’exiler, poursuivant des gains plus importants jusqu’en Europe ou en Amérique, aggravant la fuite des cerveaux et tombant dans le piège mortel que constitue l’émigration choisie pour l’Afrique. L’exode rural et l’émigration trouvent leur justification dans un adage bien de chez nous : ‘Goor dëkkul fenn fu dul fu terangaam nekk !’ (L’homme n’habite que là où se trouve son bien-être).

Si le gain personnel est retenu comme seule fin du travail, il y a des remarques sur lesquelles il est bon d’attirer l’attention de tous, notamment celle de la jeunesse. Le travailleur qui ne songe qu’au salaire ne choisit son métier qu’en fonction de la masse d’argent qu’il espère en tirer et fait litière des avantages que le travail bien fait procure à la société, au pays. Il est rare d’entendre un individu s’interroger sur l’utilité du métier qu’il souhaite exercer pour la collectivité. Ce qui le motive, c’est avant tout ce qu’il peut en tirer comme gain financier. Ainsi la première réaction du chômeur qui obtient un travail ou du travailleur promu à une fonction intéressante est-elle de remercier, après le Bon Dieu, ses parents, singulièrement sa mère.

On oublie souvent que le travail est une responsabilité à assurer. Ignorant le sacrifice qu’il exige, on ne voit que les avantages qu’il offre. Accéder au travail rémunéré, c’est enfin franchir le seuil du succès, sortir de l’anonymat, être réhabilité aux yeux de ses pairs. La société sénégalaise, malgré les vertus d’hospitalité, de solidarité et de partage qu’on lui reconnaît, est cruelle. Dans son regard, l’individu peut se voir tel qu’il est perçu quand il n’a rien à donner. C’est contre ce regard que chacun veut, coûte que coûte, réussir ou mourir, s’il ne choisit pas, de guerre lasse, de se réfugier dans un des paradis artificiels qu’ouvrent, à bon marché, la drogue, l’alcool et la prostitution.

Le travail rémunéré libère l’individu du regard impitoyable de la société et lui rend sa dignité d’homme. Il lui restitue sa juste place au sein de la famille et de la société qui n’a que faire de ses membres incapables de ‘guérir la honte’ (faj gacce) ou de ‘dénouer des situations difficiles’ (tekki). Malheur au fonctionnaire qui, au bout de quelques mois de service, ne transforme pas sensiblement sa condition d’existence initiale et ne peut gratifier de largesses griots et parents. Il entend alors son entourage chuchoter : ‘A quoi donc lui sert son travail ?’. Les conséquences sont l’acceptation des pots-de-vin et le détournement de deniers publics dont finissent par être victimes ceux qui vivent au-dessus de leurs moyens pour coller à une image dans laquelle les logent les suborneurs et thuriféraires impénitents. Il fait convenir que, dans les pays en voie de développement, le travail est d’abord un instrument de libération et de promotion sociales.

Celui qui perçoit un salaire régulier échappe à la tutelle de la famille qui l’a toujours remorqué et acquiert une certaine indépendance d’esprit. Du même coup, il jouit du respect et de la considération des autres.

Si beaucoup de jeunes gens empruntent les chemins ardus de l’émigration clandestine, au prix de leur vie, c’est pour ‘compter’, pour cesser de constituer des ‘poids morts’ pour la société et pour leurs parents. Le slogan : ’Barca ou Barsax !’ est en fait un défi existentiel qui signifie : ‘Exister ou périr !’. C’est aussi un pied de nez à nos dirigeants qui, malgré les efforts consentis, ne proposent encore rien qui soit à la mesure de l’espoir de la jeunesse impatiente de servir pour s’accomplir.

Je m’étonne toujours, quand des proches, dans le meilleur esprit sans doute, me suggèrent : ‘Si tu changeais de métier, ne crois-tu pas que tu aurais de bien meilleures conditions de vie ?’ Le métier doit certes permettre au travailleur de se mettre à l’abri des besoins élémentaires. Ne peut-il être envisagé autrement que comme moyen de satisfaction de ces besoins et garantie d’une existence confortable ? Si le travail ennoblit le bon travailleur, celui-ci, à son tour, ne peut-il ennoblir le métier ou la fonction qu’il exerce ? Au-delà des espèces sonnantes et trébuchantes, n’y a-t-il pas autre chose que le fervent travailleur doit rechercher ?

Proviseur de lycée pendant sept ans, j’ai souvent regretté d’avoir abandonné ma situation de professeur craie en main. Je me sentais plus utile parmi les élèves que dans un bureau où je ne faisais qu’un boulot que n’importe qui d’autre pouvait faire dans la mesure où les vraies initiatives sont vouées à l’échec dans un pays où on ne fait les choses que comme on a l’habitude de les faire, où l’Autorité s’effrite de jour en jour et où la règle est de ne jamais oser une entreprise qui suscite une levée de bouclier de la meute paresseuse, hostile à la rigueur, à l’ordre et à la transparence. Un bon professeur ne vaut-il pas mieux qu’un proviseur laxiste ? Les avantages accordés au second excitent la convoitise du premier. Mais le travail, quel qu’il soit, à quelque niveau qu’il est exercé, pourvu qu’il soit bien fait, mérite encouragement et émulation, sous quelque forme qu’ils soient.

Pour que le travail soit revalorisé, il faut que le mérite soit reconnu, loué et récompensé. Pas à titre posthume, mais du vivant du citoyen qui donne le meilleur de lui-même. L’impression d’iniquité dans la répartition des avantages liés au statut des fonctionnaires et de tâtonnement constaté dans la distribution des fonctions valorisantes déconcerte fait le lit des revendications sporadiques des syndicats et des groupes socio-professionnels. Les bons travailleurs sont oubliés tandis que les activistes ont la part belle. Malgré tout, le citoyen responsable ne trouve son plaisir et son bonheur que dans le travail, bien rémunéré ou non.

Dans les pays d’Afrique, la fonction prime sur le métier tout comme la politique partisane est en train de ruiner le travail. Il y a des emplois et des fonctions qui n’offrent pas, dit-on, beaucoup d’avantages et par conséquent ne valorisent pas assez leurs titulaires. Pourtant, ‘il n’y a pas de sot métier’, dit l’adage. On devrait ajouter que, dans une république, tous les métiers et toutes les fonctions se valent car ils sont complémentaires.

Le travail n’ennoblit, ne donne de la valeur qu’aux individus qui ont de la noblesse et de la valeur intrinsèques. D’ailleurs, c’est le bon travailleur qui ennoblit son métier et sa fonction et non le contraire. Mon père me conseillait : ‘Fils, si on te rend responsable d’une poignée de sable, fais en sorte que cette dernière soit convoitée par tout le monde !’ Le bon travailleur doit savoir qu’il a à investir le meilleur de lui-même à son travail, sans chercher à gagner plus que son salaire et les avantages liés à la fonction qu’il exerce. Il doit comprendre que c’est à lui de trouver les contours exacts et les limites de sa tâche grâce à ses initiatives. Cette vision des choses différencie le jeune leader politique qui dédaigne le poste de ministre des Loisirs du ‘vieux’ routier qui accepte sans commentaire la gestion de l’Environnement et, déjà, s’attèle à l’élargissement de son champ d’intervention.

Travailler va au-delà de l’exécution d’une tâche définie à l’avance, c’est améliorer le contenu et la qualité de cette dernière, c’est élargir ses orientations et accentuer son impact sur les bénéficiaires du service. Le vrai travail commence quand l’individu se situe au-delà du gagne-pain. Je ne travaille pas pour manger quand bien même j’ai besoin de manger pour travailler. Quand le travail ne se justifie plus par la contrainte alimentaire, sa finalité devient plus noble, débordant l’intérêt de l’individu pour tenter de couvrir celui de l’homme. Si je ne travaille pas pour manger, boire, me vêtir, m’offrir des loisirs, soigner ma famille et éduquer mes enfants, pourquoi le fais-je ?

Le cordonnier propose des chaussures à ses semblables. Le maçon construit un abri pour ses voisins. L’enseignant dispose le savoir aux enfants qui prendront le relais aux adultes. Travailler, c’est investir son savoir ou son savoir-faire dans un domaine précis de la vie sociale ; c’est construire pour la durée et pour les autres, contribuer au mieux-être collectif, partant au développement social, économique et culturel ; c’est participer à la préservation de l’espèce humaine qui doit être prémunie contre l’usure du temps et la dictature de la nature. Le mot travail désigne, indistinctement, toutes les tâches intellectuelles et manuelles, artistiques et sportives et ne fait point saisir les nuances liées à la nature des unes et aux aptitudes particulières des individus. L’intellectuel produit une œuvre de l’esprit.

L’artiste crée une œuvre d’art : littérature, musique, sculpture ou peinture… L’ouvrier est un exécutant manuel ou technique.

Si, au Sénégal, une partie de l’opposition s’insurge contre le nombre jugé élevé de ministres et de députés, contre l’avènement de Conseillers de la République et bientôt de Sénateurs, c’est parce que ces derniers coûtent cher à la nation sans que les retombées positives attendues de leur contribution au mieux-être collectif ne se fassent sentir dans quelque domaine que ce soit.
L’argent dépensé pour entretenir ce personnel dont le caractère opérationnel laisse dubitatif ne serait-il pas plus rentable s’il servait à l’instauration d’un Revenu minimum d’Insertion (Rmi) pour les chômeurs avérés ? Un Rmi ferait l’affaire de ceux n’ont pas accès au Fonds national de promotion de la jeunesse (Fnpj) et ne trouvent pas leur compte dans le Plan Reva dont le sigle est devenu un simple générique puisque ledit plan ne prône plus seulement un retour vers l’agriculture...

Il est opportun de revenir sur le slogan lancé au lendemain du 19 mars 2000, à l’occasion de la prestation de serment de Me Abdoulaye Wade, élu président de la République : Travailler, encore travailler, toujours travailler ! Voilà une injonction à trois temps qui indique que la porte du salut d’une Nation, la voie pour le développement d’un pays, c’est le travail. Et les peuples qui se réveillent au progrès tardivement ont le devoir de mettre plus de temps et d’ardeur au travail pour se mettre au niveau des autres. On comprend alors aisément pourquoi Christophe, personnage de Césaire, fait fusiller ceux qui roupillent au pied de la Citadelle au lieu de cogner contre la pierre (…)

Travailler, est-ce être assidu à son poste et faire chaque jour les mêmes gestes, se complaire à la routine et attendre la fin du mois pour passer à la caisse ?

Ce qui manque à la plupart de nos compatriotes, c’est l’esprit d’initiative, la créativité dans le travail, le courage de sortir des sentiers battus et de jeter au panier à ordures les bonnes vieilles habitudes. Lorsque ma secrétaire me signalait : ‘Aujourd’hui, n’avez-vous pas de travail à me confier ?’, il m’arrivait de lui rétorquer : ‘Je vous laisse proposer quelque chose d’utile au service. Vous êtes devant votre ordinateur. Allez-y ; essayez donc de trouver un truc qui améliore notre façon de travailler.’

En effet, pour que le progrès vienne de nous-mêmes et réponde à nos réels besoins, il est indispensable que l’individu qui travaille cesse d’être seulement un exécutant pour devenir lui-même un concepteur, un créateur de qualité et un producteur d’idées nouvelles. Bien sûr, il n’est pas donné à tout le monde de se muer en producteur ou en créateur sans au préalable s’appuyer sur un savoir ou un savoir-faire avéré.

L’histoire nous montre que dans certaines sociétés anciennes, le travail physique, vrai gagne-pain, était le lot des esclaves, des forçats ou des personnes de basse extraction obligées de trimer pour satisfaire les besoins élémentaires, de faire l’âne (au sens de bête de somme) pour avoir du son.

Rien à voir avec les organisations socioprofessionnelles évoquées plus haut : les sab lekk et les jëf lekk dont la place et le rôle dans la société sénégalaise traditionnelle sont d’une importance indéniable. Selon le docte Samba Diabaré Samb, les sab lekk sont les griots, maîtres du verbe que leurs paroles enrichissantes et exaltantes dispensent du travail manuel tandis que les jëf lekk sont les cordonniers (wuude), les tisserands (rabb), les bûcherons (lawbé), les forgerons et bijoutiers (tëgg), constituant des castes dont le savoir-faire offrait à la collectivité des produits locaux conformes aux besoins des consommateurs et adaptés aux réalités socio-économiques.

Le gagne-pain, en fait, c’est le travail consenti par nécessité, pour ne pas mourir de faim, de soif ou de froid. Il rend l’individu dépendant plutôt que de le libérer, l’asservit plutôt que de lui rendre sa dignité et l’avilit plutôt que de l’ennoblir. Le travail idéal, c’est celui qu’on choisit par vocation et par lequel on compte s’accomplir ; celui qu’on exerce pour contribuer à rendre ses semblables plus heureux, en améliorant leurs conditions d’existence, en mettant davantage la nature au service de l’homme.

Force est de reconnaître que, dans ses rapports avec la nature-environnement, l’Africain a manqué de volonté de domination ou d’apprivoisement. Il n’a pas essayé, par l’action individuelle ou collective, de transformer son monde. Son seul souci a été de se maintenir en vie, estimant qu’il n’est responsable ni de la nature qui aurait une vie propre ni de son destin qui relèverait de forces occultes.

Farba, personnage de la pièce de théâtre Le Miroir, déplore cet état d’esprit ; ‘Notre avenir, nous devrons… l’arracher au néant puisque le passé que tes pareils exaltent se confond au mythe et à la légende ! Ni monument ! Ni aucune invention dont nous puissions être fiers ! Nos Ancêtres sont certes venus et ont vécu. Mais je crois qu’ils ont ouvert de gros yeux émerveillés et sont repartis sans avoir osé se mesurer à la nature, sans avoir creusé la terre ni sondé la mer, sans avoir tenté de grimper au ciel pour cueillir la lune ou une grappe d’étoiles ! Exception faite des Pyramides, de quel héritage du passé pouvons-nous légitimement nous enorgueillir ? Et si nous ne prenons garde, nos enfants et nos petits-enfants se poseront eux aussi cette mortifiante question. Puisque nous n’avons pas eu d’histoire tangible, construisons l’avenir sur du solide, en actes volontaires et en pierres.’ (1) A bien réfléchir, on imagine que si l’esclavage et la colonisation ont été possibles, c’est parce que les Africains n’ont jamais manifesté l’ambition de s’ériger en ‘maîtres et possesseurs de la nature’, mais ont préféré vivre en symbiose avec elle ou plutôt subir passivement ses aléas. Ainsi ont-ils constitué une main-d’œuvre toute désignée, taillable et corvéable pour les immenses projets de développement en Europe et en Amérique. Si l’intelligence est la chose la mieux partagée au monde, il y a des peuples handicapés par un fatalisme et un défaitisme congénitaux, une croyance têtue que l’homme ne peut rien tout seul.

Ne me parlez pas de la religion et ne dites point que je raisonne en dehors d’elle ! ‘Aide-toi, le Ciel t’aidera.’ Aucun Livre ne recommande aux créatures de Dieu de croiser les bras et d’attendre le Jour du Jugement ! Les peuples qui ont attendu que leur existence se transforme comme cela se passe dans un conte de fée ont vu des peuples volontaires, entreprenants et conquérants leur tomber dessus pour les mettre à genoux, exploiter leurs richesses et leur imposer leurs lois comme leur vision du monde.

Le seul reproche à faire à Nicolas Sarkozy, président de la République française qui a prononcé à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, le 26 juillet 2007, un discours qui fait couler beaucoup d’encre, c’est qu’il est venu sarcler nos plates-bandes. Avant lui, des écrivains et intellectuels africains ont jeté des pavés dans la mare.

L’Afrique a peu construit par elle-même, pour elle-même. Ce continent qui existe sur les cartes géographiques pèse-t-il plus lourd que les cartons sur lesquels ses contours sont dessinés ? Il n’existe ni dans l’esprit ni dans le cœur de ceux qui pensent et sentent le monde devenu un gros village. L’Afrique est plus une quête des poètes noirs qui se sont sentis orphelins depuis la naissance et des intellectuels du continent et de la diaspora qui, depuis 1963, prêchent une unité qui ne se fera jamais sans les peuples par-dessus lesquels les chefs d’Etat et les ministres des Affaires étrangères font d’incessants ballets qui finissent sous des salves d’applaudissements, mais renvoient toujours aux calendes grecques les actes pour la mise en place d’un Gouvernement de l’Union. Situé au cœur du monde, le berceau de l’humanité se présente encore pour les autres comme une gigantesque ménagerie où ils viennent satisfaire leur goût pour l’exotisme, chercher des sensations fortes et de la distraction si ce n’est de la main-d’œuvre bon marché.

Pour compter vraiment, marquer sa présence au monde, l’Afrique n’a pas d’autre alternative que de travailler, de travailler dur avec foi et intelligence, de choisir elle-même sa voie de développement et de faire confiance à ses propres ressources humaines. C’est tout l’intérêt du livre de Me Abdoulaye Wade : Un destin pour l’Afrique (2) dont le titre à lui seul constitue un programme.

Le grand problème de l’Afrique, c’est qu’elle ne croit pas assez en elle-même. Elle a subi, durant la période de la traite négrière et de la colonisation, un lavage de cerveau profond qui a effacé en elle les mots volonté et choix. Elle ne manifeste aucune volonté, elle attend sagement, patiemment que de lui-même le destin qui lui est réservé s’accomplisse. Elle ne choisit pas, elle accepte les idéologies, les aides, les expérimentations de toutes sortes et les malades dont on l’accuse pour la guérir de l’espoir de ses fils à qui il reste une provision d’orgueil pour relever le défi de la mondialisation qui est une nouvelle chance de l’Afrique, ‘jeunesse du monde’ (3), pour prouver qu’elle est aussi l’avenir de l’humanité.

Marouba FALL
> Professeur de Lettres modernes
> Coordonnateur des Intellectuels et Cadres de Médina Gounass. Ouvrages et textes cités

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Jean De La Fontaine : Fables

Kabou Axelle : Et si l’Afrique refusait le développement ? Paris, L’Harmattan, 1991

Césaire Aimé : La tragédie du roi Christophe. Théâtre. Paris, Présence Africaine, 1963.

Fall Marouba : Chaka ou le roi visionnaire. Pièce de théâtre. Dakar, Les Nouvelles Editions Africaines, 1984.

Fall Marouba : Le miroir. Pièce de théâtre. Dakar, Les Nouvelles Editions Africaines du Sénégal, 2005.

WadeAbdoulaye : Un destin pour l’Afrique. Paris, Editions KARTHALA, 1998.

Sarkozy Nicolas : ‘Ce que la France veut faire avec l’Afrique.’ : Discours prononcé le 26 Juillet 2007 à l’Université Cad de Dakar et publié dans le quotidien Le Soleil.

Marouba FALL

Professeurs de Lettres modernes

Coordonnateur des Intellectuels et cadres de Médina Gounass.

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