LE LIVRE : LIRE ET ÉCRIRE POUR PARLER AU MONDE

LE LIVRE : LIRE ET  ÉCRIRE  POUR  PARLER  AU  MONDE

 [ 10/05/2007 ] publié par le journal Le Matin 

 

http://www.senjournaux.net/Journal/SuitePageRubrique.asp?Element=345&rubrique=13&CodeJournal=33

 

Communication présentée sous l’égide de la Direction du Livre et de la Lecture, au Complexe Culturel Léopold Sédar Senghor de Pikine, à l’occasion de la Journée Mondiale du Livre, le 23 Avril 2007.   

        Si la communauté internationale a jugé utile de dédier une Journée Mondiale au livre, c’est compte tenu du rôle irremplaçable que ce dernier joue dans l’épanouissement individuel et collectif, dans le développement des sociétés et dans la construction d’une paix durable dans le monde.  

         Le mot wolof par lequel on traduit «  livre »à savoir «  tere « , signifie aussi, dans la langue de Kocc, talisman ou gri-gri, c’est à dire quelque chose qui préserve ou guérit. Le livre qui livre des informations ou une somme de connaissances préserve le lecteur de l’obscurantisme, du boniment des beaux-parleurs et le délivre de l’ignorance  qui est synonyme d’égarement. Ce qui amène les érudits de chez nous d’avancer : Tere tuddul tere  tee réér la tudd. Comme c’est la mode, j’ai consulté l’Internet pour vérifier l’état de mon information.    

       Voici une définition que j’ai trouvée : «  Le livre est un document écrit transportable, formant une unité et conçu comme tel . » Ensuite : « Le livre se divise en deux catégories : la littérature et les ouvrages de référence. » En dehors de ces lignes, tout le reste s’intéresse à la technologie du livre qui ne constitue pas l’essentiel des préoccupations d’élèves, d’étudiants, d’écrivains ou de lecteurs amateurs des belles lettres.Pour ceux qui sont intéressés par les métiers du livre, je les renvoie au volume 5 de la revue trimestrielle de culture négro-africaine ETHIOPIQUES des 1er  et 2ème  trimestres de 1988, consacré  à la question.C’est, du reste, dans sa communication : L’univers du livre consigné dans ce volume que le chercheur Oumar DIAGNE, ancien Directeur du CESTI, écrit : «  Le livre est un outil dont l’habilité à la manipulation n’est point de l’ordre du corps mais plus de l’ordre de l’esprit. D’où l’inévitable univers psycho-affectif d’impressions, de sentiments, de complexes, de préjugés, de convictions et d’idéaux qui s’attache au livre et qui fait que celui-ci cesserait d’être lui-même sans le rôle du lecteur. » Document ou outil, le livre est conçu pour un usager qui est le lecteur. Sa présentation matérielle et son contenu sont élaborés en fonction de celui-ci qui est l’utilisateur de l’outil et le destinataire du message quelle que soit sa nature. C’est ainsi qu’il y a des livres pour enfants et d’autres que les éducateurs, parents et enseignants, ne recommandent pas aux jeunes : romans policiers et série  Harlequin, par exemple.Plutôt que de leur interdire des livres, il est plus sage d’apprendre aux jeunes à distinguer la bonne de la mauvaise lecture.Lire, c’est s’informer et se former. Un dicton wolof dit : Lo nekkul talibeem do nekk serinam,  c’est-à-dire : « On ne peut pas enseigner ce qu’on n’a pas appris. »

 Cela nous fait remonter à la première  sourate du Coran « Iqra » adressée au Prophète de l’islam (PSL) pour lui recommander de « lire » mieux « d’étudier ». Les religions révélées, de la même manière qu’elles ont chacune un Messager, ont chacune un Livre qui est un recueil de prières, d’interdits et de commandements. Le livre est un antidote contre l’oubli, la déformation voire la falsification ou pire la perte des connaissances acquises par les générations antérieures. D’où la fameuse assertion du sage de Bandiagara, le défunt Amadou Hampaté Bâ : «  En Afrique noire, tout vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle. » Si le livre est un outil d’apprentissage, il apparaît aussi comme un miroir  où l’individu et la société  peuvent voir leur image pour se corriger.Dans ma pièce de théâtre LE MIROIR ( NEAS, Dakar, 2005 ), un personnage déclare « La vérité est insupportable. Pour la faire supporter à leurs semblables, les hommes ont inverti la littérature. » L’importance du livre est reconnue par les Grands de ce monde. « Les livres sont la lumière qui guide la civilisation. » déclare Roosevelt cité par Oumar DIAGNE.        

         Pourtant, il est bon de s’émanciper des livres. Le livre contient des informations à réactualiser, un savoir à reconsidérer et des connaissances à remettre en question. Produit de l’intelligence qui est la chose la mieux partagée du monde, de la réflexion d’un individu qui s’enrichit de la critique, il ne renferme pas des vérités absolues. En tout cas, la littérature n’a pas pour objectif de reproduire avec fidélité la réalité et de dire la vérité. Elle est une science humaine et non exacte. En tant que telle, elle se sert du réel et du vrai pour raconter des rêves réalistes et présenter des situations vraisemblables. Je ne sais quoi répondre quand on m’aborde pour me demander : - Est-ce votre vie que vous racontez dans vos romans ? Ma vie privée n’intéresse que moi. Mais sans l’expérience  vécue, comment écrire quelque chose qui puisse émouvoir un lecteur ? L’écrivain est un alchimiste, son œuvre un condensé de réalité et de fiction, d’expériences sues, lues ou vécues et d’autres imaginées.  Le livre constitue une base pour entamer des recherches, une banque de données qui constitue un point de départ fiable pour un approfondissement de connaissances en perpétuelle évolution.Le chercheur et le créateur doivent lire pour se situer, pour connaître le niveau des recherches ou de la création dans un domaine donné. C’est l’occasion d’insister sur la nécessité de  promouvoir des bibliothèques où le stock des livres de fiction et des ouvrages de référence  doit être entretenu, renouvelé et mis à jour. Tout comme il existe des bibliothèques dans des écoles et les universités, dans les centres culturels et  centres de lecture et d’animation culturelle, il faut encourager et soutenir l’installation de bibliothèques fonctionnelles dans les quartiers où commencent à prospérer les cybercafés.Avant de poursuivre le développement, je dois rassurer les amis du livre. La radio, la télévision, la vidéo et le cinéma ne constituent guère des concurrents redoutables pour l’écrit d’autant que, dans bien des circonstances, ils s’y appuient pour atteindre des performances exceptionnelles. Le net non plus ne détrônera  pas de sitôt le livre. L’audiovisuel et les technologies de la communication et de l’information agissent sur l’éphémère et  trouvent leurs adeptes les plus accrocs parmi les esprits paresseux, friands du « prêt à consommer ». Du reste, la littérature consistant à rature le réel de sorte à le présenter tel qu’on le voit de l’intérieur ou tel qu’on le souhaite de l’extérieur, ne peut être supplantée ni par l’audiovisuel ni par les TIC qui ne livrent en général du réel qu’une copie conforme.Le livre qui agit sur le présent et l’avenir fait découvrir le monde et sa diversité culturelle. C’est un pont jeté entre les cultures et les civilisations malgré la pluralité des langues. 

         La traduction des œuvres et l’étude des littératures comparées facilitent le brassage et le dialogue qui sont un gage de la paix.C’est à travers les œuvres romanesques d’auteurs japonais traduits en français que je connais un peu plus le mode de vie du peuple du Soleil Levant. Grâce aux livres, de jeunes Africains qui n’ont jamais pris l’avion connaissant l’histoire et la géographie de plusieurs pays d’Europe et d’Amérique. L’édition doit aussi retenir l’attention des autorités publiques. On ne perd pas de vue que le Ministre de la Culture et du Patrimoine Historique Classé, à travers la Direction du  Livre et de la Lecture, appuie substantiellement les jeunes éditeurs.Il est envisagé de lancer une MAISON D’EDITION PANAFRICAINE. Ce projet lié à la vision d’une Afrique unie et solidaire ne doit pas faire oublier que la priorité est de donner des moyens aux maisons d’édition locales existantes pour qu’elles puissent proposer sur le marché interne et international des livres de qualité du point de vue de la présentation, du contenu et de la variété.Le livre, osons-le dire, est une marchandise même s’il n’est pas une marchandise comme les autres. Il se vend et s’achète. Partout, les grands consommateurs de livres sont les élèves, les étudiants, les professeurs et les chercheurs. Cela est d’autant plus vrai en Afrique où le livre s’écrit dans des langues étrangères maîtrisées seulement par ceux qui fréquentent ou ont fréquenté l’école occidentale.Les livres recherchés sont en général ceux inscrits au programme des collèges, lycées et universités.

    L’idéal est d’inscrire les meilleures œuvres de la littérature nationale au programme scolaire et universitaire.Comme l’écrit Cheikh Aliou Ndao dans sa communication Le livre dans la société (vol 5 de la revue Ethiopiques, 1988) : « L’école coloniale introduit l’instruction non la culture. »La littérature métropolitaine a trop longtemps occupé la part de loin dans le programme de l’enseignement littéraire en Afrique noire francophone et au Sénégal. Peu d’auteurs sénégalais sont étudiés par nos élèves et étudiants. Dans le cadre de  la mondialisation et du village planétaire qu’est devenu le monde contemporain, chaque pays doit valoriser ce qui marque sa spécificité et exprime son identité pour ne pas se perdre ou se dissoudre dans une globalisation dont les nations puissantes sont  les grandes bénéficiaires. La littérature nationale doit être préservée par un soutien suivi aux auteurs et une promotion accrue des œuvres.

     L’édition, convenons-en, se porte de mieux en mieux. Des livres en français comme en langues nationales sont de plus en plus publiés.En Europe, le nouvel engouement des chercheurs est orienté vers la littérature africaine écrite dans les langues locales. C’est  sans doute le moment opportun de reproduire, de transcrire les contes, les proverbes et légendes de chez nous dans leur langue originelle.  LES CONTES D’AMADOU KOUMBA de Birago DIOP, restitués en wolof feront sûrement un tabac.Il faut souligner que la francophonie n’est pas un frein à la promotion des langues africaines. Bien au contraire. Je me rappelle encore la question d’une participante au Festival International de Poésie tenue à Marrakech, au Maroc, en 1984 :

- Dans quelle langue  écrivez-vous ?

- En français, répondis-je.

- Je vous demande votre langue, insista t—elle !

Je répétai  :-  Le français

- Le français n’est pas votre langue maternelle, fit-elle avec dépit.

Au cours de ce Festival, le poète sénégalais vivant en France, Charles CARRERE, m’a demandé de traduire le poème Prière aux Masques de Senghor qui était le parrain du Festival.Je le fis en wolof et un comédien togolais dans sa langue. Pour parler au monde, il n’y a pas de langue plus directe et sincère  que la langue maternelle car le monde n’a pas besoin de comprendre la langue des autres. Il veut simplement l’entendre telle qu’elle est car c’est l’écho de l’âme d’un peuple différent qui enrichit de son souffle et de son rythme l’humanité.              

Par Marouba FALL 

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Commentaires (5)

1. Ibrahima Souté Badji 27/12/2007

M.Fall, je vous salue. Vraiment vous etes l'un des rares dramaturges que le Sénégal ait jamais connu.Je vous signale egalement que votre poésie fait vibrer les cordes sensibles de mon coeur et eveille les consciences.

2. youssoupha diokhane 10/12/2009

bonjour c'est youssoupha diokhane je voudrè vous parlez sur votre roman la collegienne

3. name (site web) 18/08/2010

clip in extensions

4. awa 21/11/2011

slt mr fall j suis tres contente de votre site mais jai un critique a vous faire cé que vous navez pas vraiment mit les resumes de vos oeuvres et je trouve sa pas du tout bon merci

5. DIOUF Mbaye 28/02/2012

Bonjour M. Fall, je suis un jeune étudiant en première année en France. Mais j'avoue qu'en vous lisant je me retrouve dans ce que vous écrivez dans la mesure où je trouve nettement que nous voulons combattre la même chose. De toute façon j'aimerai bien si vous me le permettez vous côtoyer et discuter de plus près avec vous.
A part cela, je vous félicite dignement et vous encourage Pr FALL.

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