ECRIRE, C’EST APPRENDRE A MOURIR

HOMMAGE A SADA W. NDIAYE

Par Marouba FALL

Président du jury littéraire du B.S.D.A. 
 
 

ECRIRE, C’EST APPRENDRE A MOURIR


     Ce texte est une communication délivrée au nom du Conseil d’Administration du Bureau Sénégalais du Droit d’Auteur ( B.S.D.A. ) le 28 Ao$ut 2006, à Keur Birago, à l’occasion de l’hommage que l’Association des Ecrivains du Sénégal a organisé à la mémoire de Sada W. NDIAYE, mort le 16 Juillet 2006.

 

     Lorsqu’il envisage le destin, l’homme se voit presque toujours juché sur une crête d’illusion ou d’espoir, refusant de baisser le regard sur l’abîme auquel il est pourtant promis.

Ainsi la mort ne peut- elle vraiment le surprendre qui qu’il soit. Peut être ne sait-il pas quand et comment elle se présentera à lui. Mais peu importe le moment et la manière puisque ce Visiteur n’est point à éconduire qui lui est annoncé depuis sa venue au monde. N’est-ce pas à cause de lui qu’il court contre le temps, construit pour la durée, se prémunit contre le silence et l’oubli ?


      S’il avait, avec la lumière divine, acquis l’immortalité, l’homme serait d’une espèce pour laquelle les principes et valeurs qui fondent les vertus n’aurai aucun sens. C’est parce qu’il sait qu’il va mourir et qu’il accueille la vie comme un présent qu’il a de  la grandeur.


      Plus que les autres hommes, l’écrivain vit dans le souci de la mort inéluctable. Mais l’écrivain, ce n’est celui qui est en train d’écrire ; c’est celui dont les écrits perpétuent la présence parmi les vivants.


      Rendre hommage à un auteur disparu ? J’ai compris que les éloges n’ont de résonance, les médailles et les distinctions d’éclat que pour les vivants qui aiment les honneurs et peuvent en jouir.


      L’unique vœu de l’écrivain, c’est d’échapper au silence quand sa voix s’est éteinte, de continuer à se mouvoir avec son peuple lorsque son corps est retourné à la terre. Son salut, c’est la reconnaissance de la postérité dont l’adhésion reste le sûr indicateur de la valeur d’une œuvre.


      Le monde que les hommes se disputent appartient en vérité aux générations futures qui héritent nos actions et nos pensées les plus significatives pour les magnifier ou les remettre en cause.


      Pour mériter une place dans la mémoire collective, l’écrivant doit investir le meilleur de lui même  dans l’avenir de l’humanité, n’ayant de rival que lui-même et d’horizon que la limite de son propre génie. L’écrivain, c’est son œuvre qui lui assure une identité littéraire dont profite l’homme qui se cache derrière l’artiste. Aussi l’attitude de celui qui écrit doit-elle être la distance.


      Ecrire, c’est apprendre à mourir, à se détacher de son œuvre, à se retrancher derrière elle avec l’espoir qu’elle soit notre acte majeur et notre seul témoin aujourd'hui et demain. Mon livre qui me préoccupe, ce n’est pas celui qui circule car je ne peux plus rien pour lui ; c’est celui que je suis en train d’écrire puisque je peux m’appliquer de sorte qu’il soit meilleur que le précédent. 


      En matière de théâtre, on parle de « commettre » une œuvre. On devrait employer le même verbe pour toute création artistique. En effet, une œuvre est un acte qui rappelle un jugement.


      A son procès, la masse des cibles constitue les jurés, la critique se répartit entre la défense et l’accusation cependant que le verdict revient à la postérité.


      De son vivant, l’auteur couve son œuvre avec cet instinct possessif proche de celui de la femme qui protége le fruit de ses entrailles. Croyant la défendre, il l’empêche de vivre sa vie.


      En ce lundi 28 Août, l’Association des Ecrivains du Sénégal, à Keur Birago,  célèbre un confrère rappelé à Dieu le 16 Juillet 2006. Pour moi, il est plus vivant aujourd’hui qu’hier quand son regard m’empêchait de scruter son visage d’artiste et que sa voix calme couvrait l’hymne de son fleuve intérieur.


      Au risque de heurter la sensibilité des uns mais sans occulter la fragilité qui fait à la fois la force et la faiblesse de l’être friable qu’est l’homme, j’avoue que la mort d’un Artiste ne suscite en moi aucune des émotions ordinaires, en dehors de la compassion pour la famille et les amis. Ni douleur, ni tristesse ! Ces états d’âme me semblent pessimistes parce que liés à l’obscurité dans laquelle disparaissent à jamais ceux qui dilapident la provision de lumière dont ils sont dépositaires.


      En fait, c’est lorsque l’homme de chair et de sang qu’il est tire sa révérence, que l’écrivain commence à se révéler au monde. Sa mission accomplie, il a peur de bon déposé la plume qui lui a servi à écrire le livre de son existence qui peut désormais être ouvert et lu puisqu’il n’y a plus une ligne à y ajouter ou à en retrancher.


      Que l’œuvre de notre confrère disparu lui survive, traversant les siècles, et soit un livre de chevet pour chacun de ses semblables.

 

Commentaires (4)

1. Makhtar 11/02/2010

il mérite bien cet article Sada.
que la terre lui soit légère! amen!

2. emisesedymn (site web) 26/08/2012

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